LA FEMME ROUGE ÉPISODE 3
GARDONS ESPOIR
Épisode 3
- Coup de coeur
Il était resté là à la regarder travailler. Il avançait avec elle sans plus parler, s’arrêtait quand elle s’arrêtait. Lorsqu’il aperçut le surveillant qui avait donné la punition, il alla vers lui pour essayer de plaider en la faveur de Meda.
Monsieur Martin : mais gar, qu’est-ce qui s’est passé pour que cette petite soit en train de faire tout ce travail ? Je les ai juste envoyé verser un seau d’eau aux toilettes et revenir en salle.
Ce surveillant répondait à l’appellation de SG (surveillant générale).
SG : sa camarade est venue me dire que celle-ci boycottait son travail. Quand on est arrivé c’est devenu la bagarre et c’est toujours cette petite qui a commencé. C’est pour ça que je l’ai puni.
Monsieur Martin : si elle doit laver toutes ces vérandas elle va rater tous les cours de la journée. C’est un génie dans sa salle de classe hein
SG : toi tu ne défends jamais personne. Jusqu’à c’est simple ?
Monsieur Martin : laisse la juste retourner en salle.
SG : elle termine ce qu’elle fait là elle retourne en salle alors. Mais ta façon de la défendre est suspecte. Ne laisse pas l’enfant te faire perdre ton travail hein, ici les choses vont d’oreilles à oreilles. Tu sais que les relations entre les enseignants et les élèves sont formellement proscrites.
Monsieur Martin : c’est toujours parce que j’ai demandé à ce qu’elle retourne en salle que tu tires toutes ces conclusions ? C’est juste que c’est une bonne élève. Il n’y a rien, je ne connais même pas tout son nom.
SG : j’ai dit quoi ? Je te rappelais juste le règlement de notre établissement. Vas lui dire de retourner en salle. Elle a même déjà fini là-bas.
Il retourna vers Meda qui transpirait déjà de partout.
Monsieur Martin : tu peux retourner en salle ma petite. J’ai fait lever ta punition.
Meda : merci monsieur
Monsieur Martin : à l’avenir évite de t’emporter pour rien.
Meda : je ne me suis pas emporté pour rien. J’ai nettoyé le sol, elle a pris la peine d’aller à l’extérieur prendre des déchets et venir les verser par terre. Est-ce qu’on fait ça ? Pourquoi est-ce qu’elle me traite comme ça ? Je ne lui ai jamais rien fait.
Monsieur Martin : il y’a les gens comme ça un peu de partout. Tout le monde ne peut pas t’aimer.
Meda : ici personne ne m’aime d’abord. Je ne sais même plus si c’est seulement à cause de ma situation particulière ou bien ! Je ne suis pourtant pas l’unique orpheline de cet établissement. Mais on passe le temps à me persécuter.
Monsieur Martin : tu es la seule à être un petit génie, la seule à être belle et la seule à me… Bref, tu es unique et ça fait des jaloux.
Un large sourire avait illuminé son visage. Sa sombre journée venait de changer complètement. Elle alla nettoyer son matériel de travail, le rendit à la surveillance et retourna en salle.
Ils l’attendaient tous avec les larmes plein le visage mais elle arriva toute contente, ayant nettoyé la tâche sur sa ténue.
Le reste de la journée passa sans plus de mauvaise surprise. A son retour des classes, Mère Ester donnait des instructions aux autres sœurs de la cours.
Elle se faufila sans se faire remarquer jusqu’à sa chambre. Elle ne voulait pas être questionnée par rapport au sourire qu’elle avait sur les lèvres.
Elle bondit dans son lit, se couvrit la tête avec sa couverture et serra un oreiller tout contre elle.
Le mauvais moment qu’elle avait passé dans la matinée n’était plus un souci pour elle. Tout ce qui l’animait c’était l’inquiétude qu’avait ressenti Martin à son égard.
Elle se roulait sur le lit, oubliant que ce n’était qu’à une place. Elle finit par se retrouver par terre. Un petit ‘’aïe’’ alerta tout le monde sur la cours. Mère Ester fut la première à courir vers elle.
Mère Ester : mais tu es rentré à quelle heure jusqu’à on te trouve seulement par terre ? Tu faisais quoi pour tomber ?
Meda : je me suis seulement rouler un peu et puis je suis tombé.
Mère Ester : tu te roules pourquoi ? Tu as mal au ventre ? Tu as tes règles ?
Meda : non ma mère, je m’amusais seulement.
Les autres s’en allèrent en maugréant. Mère Ester savait qu’elle ne disait pas tout. Elle s’assit sur son lit après l’avoir relevé.
Mère Ester : nous sommes toutes les deux maintenant. Dis-moi ce que tu caches.
Meda : je ne cache rien ma mère, je vous assure.
Mère Ester : pourquoi tu as les yeux qui brillent ? Tu veux pleurer ? Il y’a encore eu quoi aujourd’hui ?
Meda : aujourd’hui tout s’est bien passé. J’ai été puni mais…
Mère Esther : tu as été quoi ? Tu faisais quoi pour être puni ? Tu as perdu combien d’heures de cours ?
Meda : j’ai fermé les yeux et le professeur a cru que je dormais. Il m’a mis dehors avec Orlane et elle a saboté mon travail et on m’a encore puni mais Monsieur Martin est venu faire on a levé ma punition. Il est très gentil ma mère.
Mère Esther : toi et ce monsieur Martin dont tu parles chaque fois que tu rentres des classes. J’espère qu’il ne te dérange pas. Si jamais il te dérange je vais l’assommer avec la bible.
Meda : ne dites pas de ces choses ma mère. Il ne dérange pas, bien au contraire. Il est le seul à me soutenir quand on me menace. Il me demande souvent si je vais bien, si j’ai bien dormi… Parfois il demande même comment vous allez.
Mère Esther : j’espère que tu sais très bien que parfois certains font ça juste pour te mettre en confiance et profiter de ton innocence. Nous t’avons envoyé là-bas pour que tu y sortes avec tous tes diplômes sans avoir de problèmes. Evites de te mettre dans certaines choses, si tu vois ce que je veux dire.
Meda : j’ai compris ma mère. Je l’admire et il dit qu’il m’admire aussi. Il dit que je suis très travailleuse et que j’ai un bel avenir devant moi. Que je ne dois pas laisser les gens me faire penser le contraire.
Mère Esther : Changes toi et viens manger. Tu ferras ensuite tes travaux et tu iras étudier. Si tu continus de parler du professeur il risque se mordre la langue.
Elle fit comme avait dit la mère. Lorsqu’elle fut enfin prête pour étudier, on vint lui annoncer qu’elle était demandée par un de ses enseignants.
Elle avait oublié son livre en salle de classe. Elle voulait tellement que ce soit Monsieur Martin. Lorsqu’elle arriva à la grande cours, il était là.
Il n’avait plus sa blouse blanche. Dans sa belle chemise soigneusement repassée, il respirait une fraicheur ensorcelante.
Elle ne pouvait pas se présenter à lui avec sa robe déchirée aux aisselles. Elle retourna dans sa chambre. Fouilla parmi ses plus belles robes et porta celle qu’elle jugea présentable.
C’était une robe blanche évasée qui la recouvrait jusqu’aux genoux. C’était réserver pour les cérémonies à l’église. Mère Esther fut plus qu’étonné de la voir sortir de la chambre vêtu de la sorte.
Devant un invité, elle ne pouvait rien dire. Elle ne pouvait que sourire et la réprimandé de la perte de temps.
Mère Esther : j’ai envoyé te chercher depuis plus d’une dizaine de minutes. Regardes comment tu as grignoté le temps de ton enseignant plus qu’il ne le fallait.
Monsieur Martin : ne vous en faites pas ma mère. Je n’ai pas grand-chose à faire de toute façon. Je suis venu parce que c’est dans ce livre que j’ai donné les devoirs. Il fallait absolument que je le lui rapporte.
Mère Esther : tu vois ta négligence ? Tu rentres carrément sans livre et tu ne t’en rends même pas compte.
Meda : mille excuse ma mère. Je ne sais pas où j’avais la tête. Je ne vais pas recommencer.
Monsieur Martin : c’est comme ça qu’on retrouve leur document chaque jour à l’école. A leur jeune âge ils oublient déjà plus que les vieux.
Mère Esther : c’est juste qu’ils ne sortent pas d’argent pour acheter tout ça. Si c’était de leurs propres poches ils n’allaient pas être aussi négligeant. Je vous remercie Mon enfant.
Monsieur Martin : pas de quoi ma mère. Et toi petite, sois plus concentré. Tu sais que quand c’est le surveillant qui récupère les affaires il faut travailler pour les récupérer. Fais attention.
Meda : merci monsieur ! Je vais faire attention.
Mère Esther : Je vais vous laissez au portail. Meda, vas faire tes devoirs.
Meda : Eurrr… J’ai quelques questions à poser au professeur d’abord. C’est sur le devoir.
Lorsque la Mère Esther les laissa à la porte, Meda continua avec lui jusqu’en route. Elle qui disait avoir des questions ne disait rien.
Monsieur Martin : j’attends toujours tes questions
Meda : Je… J’ai oublié… En fait ça va déjà, j’ai déjà les réponses. Bon je vous laisse
Monsieur Martin : non attends, ne pars pas encore.
Ils ne regardaient plus dans la même direction. Ils se regardaient en avançant. Ils s’arrêtèrent finalement.
Le professeur ne savait pas quoi dire à son élève. Elle non plus avait les mots bloqués dans sa gorge. Martin finit par trouver quelque chose à lui murmurer.
Monsieur Martin : ta robe est très jolie… Tu es toute mimi là-dedans.
Meda : merci monsieur, Je l’ai mise pour… Eurrr Je viens de la mettre pour l’église.
Monsieur Martin : tu vas aller à l’église ?
Meda : non ! Bon laissez, je l’ai juste mise comme ça.
Monsieur Martin : toi alors hein… Demain je ne serai pas au lycée. En fait tout le reste de la semaine je serai en déplacement.
Meda : mais pourquoi ? Vous partez où ?
Elle n’avait pas caché sa tristesse, son inquiétude, son mécontentement. Ils étaient tellement proches et éloigné en même temps.
Il posa une main sur son épaule et ils se remirent à marcher.
Monsieur Martin : j’ai des dossiers à déposer à la capitale. Je vais tout constituer là-bas. Je vais revenir la semaine prochaine.
Meda : mais la semaine prochaine c’est trop loin. On va faire comment sans vous ? Avec le cours ?
Monsieur Martin : j’ai un collègue qui a accepté de vous tenir pendant les deux séances que nous avons encore. Ne t’en fait pas.
Meda : est-ce qu’il dispense le cours comme vous ? Certainement pas.
Monsieur Martin : je vais vite revenir. Regarde comment tu me boudes déjà !
Meda : non monsieur, c’est votre vie. Je suis juste inquiète pour le cours, c’est tout. En plus vous pouvez aller et venir à votre guise. En plus…
Il posa un doigt sur sa bouche. Ils s’arrêtèrent à nouveau. Cette comédie romantique ne voulait pas se terminer. Personne ne voulait partir.
Il lui tint les deux mains avec les siennes, dessina un doux sourire sur ses lèvres. Des choses lui passaient par la tête mais il savait qu’il était en face d’une jeune lycéenne. Il se contenta de la rassurer.
Meda : je pars juste pour quelques jours. Je vais vite rentrer. Je vais vite te revenir.
Il lui lâchait les mains en terminant sa phrase.
Monsieur Martin : rentres étudier et te reposer. Je ne veux pas que les sœurs te cherchent. Tu vas avoir des ennuis si ça arrive.
Meda : faites bon voyage monsieur
Monsieur Martin : si tu continus à faire cette tête je ne pourrai pas bien voyager. Tu me dis au revoir sans sourire. Est-ce qu’on fait ça ? Tu es jolie à tout moment mais j’aime mieux voir ta jolie dentition.
Elle se sentit rougir malgré son teint d’ébène. Elle baissa la tête.
Monsieur Martin : regardes moi avant de sourire. Ou bien tu ne veux pas me sourire ?
Elle leva la tête et lui offrit un visage rayonnant. Il s’en alla aussi content qu’un enfant de six ans devant une chaine de dessin animé.
Bien que chagriné de devoir le revoir dans une semaine, elle était contente d’avoir passé ce petit bout de temps en sa compagnie. Elle se touchait les mains et les lèvres, sa joie était immense.
‘’Je ne me lave pas aujourd’hui’’, s’était-elle dit. ‘’Il m’a touché les mains et les lèvres, je vais devenir folle’’ avait-elle ajouté.
La jeune fille de dix-et-huit ans vivait ce moment particulier qui faisait battre les cœurs et briller les yeux.
À suivre...
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