MON BOURREAU ÉPISODE 16
GARDONS ESPOIR
Épisode 16
- Bonjour sans dessus dessous
Les choses avaient changées, je vivais avec bien plus de couleur dans ma vie. Cette matinée était aussi belle que la voix de maman qui chansonnait en nous faisant le petit déjeuné. Papa lisait un vieux journal qu'il avait retrouvé au fond de son sac et moi j'étais juste là.
Je les regardais, je souriais. Hé oui! J’avais appris à sourire et même à rire. J’étais obligé car Paul avait de très bonnes blagues. Parce que je passais toutes mes journées à les observer depuis qu'on avait quitté l'hôtel pour cette belle maison, maman pensait que je n'étais pas heureuse. Elle me rejoignit sur la cour pour qu'on débatte sur ce sujet.
Maman : tu sais Muriel, je sais que tous ces changements sont brusques mais fais aussi un effort. Je me bats à te faire parler tous les jours mais tu es toujours là, figé sur place. Tu n'es pas heureuse avec nous?
Moi : ce n'est pas ça. C'est juste que je ne sait pas comment exprimer ma joie. Je ne sais pas comment vous voulez que je me comporte. Et si je fais un truc de travers?
Maman : regarde-moi chérie... Si tu fais un truc de travers, je te dirais comment le faire comme il le faut.
Moi : j'ai juste besoin de temps. Déjà, sache que je suis heureuse. J'ai juste besoin que tu me laisses aller voir Astride. Juste pour voir si elle change un peu.
Maman : on n'en a déjà parlé. Je ne veux plus que tu te frottes à cette femme qui t'a déjà tant fait souffrir.
Moi : les gens changent et elle aussi peut changer. Si jamais elle a le même comportement après ma visite, je n'irai plus jamais la voir. Mais si c'est le contraire...
Maman : bon d'accord, il y'a juste quelques formalités à remplir sur ton acte de naissance et ton identité. Tu vas attendre un peu avant d'y aller.
Moi : merci beaucoup...
Je trouvais cela injuste de ne pas aller voir Astride même pas pour un bonjour. J'avais peur qu'elle soit intimidée en prison ou qu'elle souffre trop. Malgré tout, j'étais prête à lui pardonné si elle me le demandait.
Mon acte de naissance fut refait ainsi que les papiers légaux nécessaires. Je pouvais désormais dire haut et fort de qui j'étais l'enfant. Mes ex clients avaient de plus en plus peur de moi, je marchais la tête haute mais mes nuits était toujours aussi agitées.
Je sursautais toujours à cause de mes cauchemars. Je revoyais encore et encore ce passé parsemé d'embûches. Le matin tout allait bien, un appel de Paul suffisait pour me redonner le sourire.
Aujourd'hui c'était le jour-j pour aller voir mon ex mère en prison. Je ne savais pas pourquoi je voulais la voir mais je devais le faire. J’avais espoir qu’elle ait changé avec le temps, qu’elle me demande pardon et qu’on reparte sur de bonnes bases.
La prison change, le dit-on. Sur le ban d’attente de la prison, je pouvais voir des détenues assises les unes les autres à s’amouracher devant les gardiens. Ceux-ci s’en foutaient éperdument.
Lorsque je vis Astride arriver, ce ne fut pas comme j’avais imaginé. Elle était belle et bien mise comme avant. Je comprenais déjà qu’elle s’était faite un empire en prison.
Elle arriva toute souriante vers moi. Une fois assise, une autre détenue vint prendre place sur ses genoux et elles échangèrent un baiser. C'était dégoutant et pourtant j'avais déjà gouté à ces choses.
-humm Astride c'est ton idiote de fille là?
Astride : quand tu la regardes la, elle peut être ma fille?
Je ne saurai jamais pourquoi j'avais beau détesté cette femme, ce qu'elle avait dit ce jour m'avait tellement fait mal. Je devais garder la face devant elle alors je m'abstins de pleurer.
Sa copine s'en alla sous ses ordres en me faisant des clins d'œil. Cette femme avait continué son commerce en prison. J’étais bien certaine qu'elle en donnait à tout le monde.
Moi : je vois que tu ne chômes pas ici
Astride : je vois que tu as retrouvé ton laid teint
J’avais décidé de me refaire sur tous les points. La richesse de ma mère me permettait de m’offrir le traitement adéquat pour retrouver ma peau d’ébène sans risquer de me gâcher la peau. Tout allait à petit pas.
Moi : je ne suis pas là pour te parler de la coloration de ma peau
Astride : tu fais donc quoi là ?
Moi : comment tu vas ?
Astride : ne pense pas que tu vas arriver ici après deux ans et me demander comment je vais comme si de rien n’était. Je t’avais dit que je reviendrai et sache que ce n’était pas une blague. C’est quand tu vas penser que tu as tout gagné que je vais te prouver que tu restes mon esclave.
Moi : et moi qui pensait qu’on pouvait repartir à zéro
Astride : moi je ne fais pas marche arrière, je ne recommence rien. Ici je ne souffre pas, les clients payent peut-être moins mais ils payent. Je suis respectée par tous, même le directeur est dans ma poche. Je vais revenir Muriel, tu vas voir.
Cette femme n’avait pas changé d’un poil. Je perdais mon temps à croire que les choses pouvaient allées d’un nouveau pas avec elle. Je rentrai à la maison en me promettant de ne jamais revenir la voir. L'état dans lequel elle m'avait mis sauta à l'œil de ma mère.
Maman : elle t'a fait quelque chose? Je t'ai dit que je ne voulais pas que tu y ailles mais tu as forcé.
Moi : même si elle a détruit toute ma jeunesse, elle reste l'être avec qui j'ai vécu une bonne partie de ma vie. C'est un être ignoble mais c'est elle qui m'a aidé à faire mes premiers pas.
Elle est le diable en personne mais c'est elle qui a lavé mes couches. Je ne peux m'empêcher de souffrir un peu de sa situation.
Maman : que ton cœur est noble ma fille ! Ne te culpabilise pas car tu n'es coupable de rien. Si tu n'avais pas dénoncé cette femme ou si Paul ne t'était pas venu en aide, Dieu seul sait ce que tu serais en train de faire maintenant.
Moi : tu as raison maman...
Maman : tu as une nouvelle vie à forger Muriel, tu dois te refaire et ceux sur tous les plans. Ne pense à personne d'autre qu'à toi.
Le cœur de cette femme était certainement fait d'or et de Beau diamant. Elle avait toujours les mots qu'il fallait et les oreilles adéquates. En elle je trouvais une confidente, une amie, une sœur. J'avais une mère, une vraie mère.
Elle n'avait plus voyagé pour l’Amérique car elle voulait être près de moi dans ces changements. Ne pouvant pas laisser l'entreprise à elle-même, mon père devait aller continuer les affaires.
On m’avait inscrit dans un centre thérapeutique comme prévu. Malgré mon amour pour la drogue, j’arrivais à m’en détacher car il y avait une grande volonté. Mon premier jour fut le plus difficile car tout le monde connaissait mon histoire.
Mon psychologue savait très bien qui je suis et tout ce qui m’était arrivé. Lui parler me paraissait tellement difficile mais je réussis à tout lui dire. Je devais lui raconter l’histoire encore et encore jusqu’à ce que ça devienne une chanson qui ne me faisait plus de mal. Des mois à venir le voir deux fois par semaine m’avaient vraiment libéré d’un poids.
Avec maman, je m’entendais très bien. Elle était tellement calme que je me voyais en elle. Petit à petit, le dur caractère que m’avait appris Astride s’en allait. On avait aménagé dans une belle petite maison rien que toutes les deux.
Elle avait décidé de m’aider à entamer cette nouvelle étape de ma vie. Je n’attendais désormais plus que l’attestation de mon psychologue pour pouvoir commencer des cours à domicile.
Avec Paul je vivais une véritable relation d'amour. Nous étions déjà à six mois de relation et on avait décidé de fêter ça chez lui avec une petite bouteille de champagne.
On avait décidé qu'on vivrait cette relation comme de simples amis jusqu'à ce que je sois complètement rétablie. Il était d'un grand soutient morale pour moi.
Ce jour, je lui avais fait un bon plat. On parlait de tout et de rien en même temps. La joie sifflotait de belles mélodies dans la maison jusqu'à ce qu'il ouvre un sujet qui allait finir par nous détruire tôt ou tard.
Paul : ma chérie, aujourd'hui nous ne sommes qu'à six mois ensemble. Moi je prévois tout le reste de ma vie avec toi. Seulement je veux être certain que tu as été véridique avec moi sur tous les points.
Moi : bien sûr mon chéri, pourquoi tu dis ça?
Paul : c'est juste que je n'aime pas les mensonges.
Moi : je t'ai tout dit mon chéri, il n'y a plus rien à dire.
Paul : je l’espère… après la mort de mon père, nous avons appris tellement de vérités sordides que nous cachait cet homme. Il nous avait tellement menti que lorsque je découvre un mensonge de quelqu’un que j’aime, je deviens fou de rage. Je peux tout pardonner, sauf le mensonge.
Je ne lui avais pas tout dit et vous le savez très bien. Ce qui était née entre nous après le procès d’Astride ressemblait à de l’amour et je ne voulais pas tout gâcher en lui disant qu'il y avait un autre meurtre qui m'impliquait.
Moi : je vois… Tu ne m’as jamais vraiment parlé de la mort de ton père. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Paul : il a été retrouvé dans un sac de poubelle près de chez ce Rodrigue. Ça ressemblait à un règlement de compte car on l’avait poignardé sans rien lui voler. Seulement il y’a toujours quelque chose qui m’intrigue.
Moi : laquelle ?
Paul : les coups de fouets sur son dos. Quelqu’un l’avait réellement frapper. Je te jure que quand je retrouverai son ou ses meurtrier(s), je vais plus m’acharner sur celui qui l’a frappé comme ça.
Je me levai tout de suite, une peur des plus effroyables m’envahit. Ça ne pouvait pas être possible. Il décrivait à la perfection le crime qu’Astride et moi avions commis depuis une demi-décennie.
Paul : mais c’est quoi le problème ? Tu vas bien ?
Moi : j’ai l’impression que je me suis Sali le derrière, des trucs de femmes.
Paul : si tu as de quoi te protéger va donc dans la salle de bain, au cas contraire, je vais t’en acheter.
Moi : j’ai de quoi me protéger… Dis chérie, ton père s’appelait comment ?
Paul : Sango, Martin Sango.
Je courus dans la douche digérer ce nouveau coup de la vie. En cet homme je voyais un renouveau mais là tout faisait marche arrière. Un homme qui ne me demandait pas de me déshabiller pour lui, qui ne voulait que mon bonheur et moi alors ?
Quelques mois à nous rapprocher avaient mis des étincelles dans nos yeux. Je ne savais pas si pour lui je ressentais de l'amour ou autre chose, je savais juste que j'avais besoin de lui dans ma vie. On avait tout de suite compris qu'on pouvait avancer bras dessus et bras dessous.
Comment aurais-je pu savoir que le sang qui coulait dans ses veines était le même que celui de cet homme dont le cœur avait cessé de battre sous mes yeux? Comme quoi je devais lui dire la vérité sur cet autre meurtre qui m’impliquait directement. Le silence, la peur, les mensonges... Mon bonheur était sans dessus dessous.
À suivre...