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Le gouvernement camerounais veut-il limiter la liberté d'expression ?

Jul 20, 2024 - 3 Minutes

Le 18 juillet 2024, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, Porte parole de Gouvernement,  a publié un communiqué inquiétant concernant la liberté d'expression dans le pays. Intitulé "Montée des propos injurieux contre les Institutions de la République et ceux qui les incarnent dans l'espace public", ce communiqué semble vouloir museler les critiques envers les autorités.

Dans ce communiqué, le ministre de la Communication, Porte parole de Gouvernement, René Emmanuel Sadi, commence par se féliciter des progrès démocratiques accomplis au Cameroun ces dernières années, soulignant le "foisonnement des organes de presse, des chaînes de radio et de télévision" ainsi que "la multiplicité des formations politiques qui exercent librement". Selon lui, les Camerounais peuvent aujourd'hui "s'exprimer sans aucune contrainte, approuver ou désapprouver l'action des pouvoirs publics, faire connaître leurs points de vue sur l'ensemble des questions ayant trait à la vie de la nation."

Une volonté de museler les critiques ?

Cependant, le ministre met en garde contre les "propos irrévérencieux, injurieux voire offensants" envers le président de la République, Paul Biya. Il affirme que ces "écarts de langage" sont "inacceptables" et que le gouvernement les "désavoue et condamne avec force". Le ministre exhorte donc les Camerounais à faire preuve de "retenue et de sens de la responsabilité" dans l'exercice de leur liberté d'expression, afin de ne pas "bafouer nos valeurs sociétales fondamentales" ou "contrevenir aux normes basiques de la démocratie et de l'État de droit."

Ce communiqué intervient quelques jours après que le prefet du mfoundi Emmanuel Mariel Djikdent, ait pris un arrêté interdisant de séjourner dans son arrondissement toute personne qui "appelle au soulèvement contre les institutions de la République; outrage dangereusement les institutions ou celui qui les incarne (par tout moyen de communication suivi dans le Département du Mfoundi); entreprend des manœuvres pouvant entrainer de troubles graves à l'ordre public". Cet arrêté semble donc trouver un écho au plus haut niveau de l'État.

Des inquiétudes face à une possible régression des libertés

Face à ces déclarations et mesures, de nombreux observateurs s'inquiètent d'une potentielle remise en cause de la liberté d'expression au Cameroun. Certains y voient une volonté du gouvernement de museler toute critique à son encontre, sous couvert de "respect des institutions."

"C'est une dérive préoccupante", déplore Aline M., militante des droits humains. "On assiste à une régression des libertés fondamentales, alors que le Cameroun s'était engagé sur la voie de la démocratisation. Il est inacceptable de vouloir interdire à des citoyens de s'exprimer librement sur les affaires publiques, sous prétexte qu'ils critiquent le pouvoir en place."

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Même son de cloche du côté d'Alain N., cadre d'un parti d'opposition : "Ce communiqué est un véritable déni de démocratie. Critiquer les institutions et le président fait partie intégrante de la liberté d'expression dans une société démocratique. Le gouvernement ne peut pas décider unilatéralement de ce qui est acceptable ou non dans le débat public."

Des mesures concrètes inquiétantes

Au-delà des discours, les mesures concrètes prises par les autorités locales, comme cet arrêté d'interdiction de séjour, soulèvent également de vives inquiétudes. "C'est une atteinte flagrante à la Constitution qui garantit la liberté d'expression", s'insurge Sylvie Ndongmo, avocate spécialiste des libertés publiques. "On ne peut pas priver des citoyens de leur droit de circuler librement et de s'exprimer, sous prétexte que leurs propos déplairaient au pouvoir en place."

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Un appel à préserver la liberté d'expression

Face à cette situation, les défenseurs des droits humains appellent le gouvernement à revenir sur ces décisions et à réaffirmer son engagement en faveur de la liberté d'expression, pilier essentiel de toute démocratie digne de ce nom.

"Le Cameroun ne doit pas revenir en arrière sur les progrès accomplis", conclut Aline M.. "La liberté d'expression, y compris celle de critiquer les autorités, doit être préservée et renforcée. C'est un combat que nous continuerons de mener, pour que le Cameroun reste résolument engagé sur la voie de la démocratie."

SF

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