La problématique du suicide au Cameroun

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Le seul moyen de combattre le suicide, c
Le seul moyen de combattre le suicide, c'est de le prévenir. Source: lautjournal.info /Image reprise sous autorisation

 

Je viens encore d’apprendre récemment qu’une jeune fille de quinze ans, élève en classe de troisième, s’est donnée la mort dans le quartier Bonabéri à Douala en début de semaine dernière.
Selon toute vraisemblance, la fillette aurait pris peur suite aux mauvais résultats qu’elle a obtenus lors de la remise des bulletins. Et puis, elle a préféré consommer une boisson létale plutôt que d’affronter le regard inquisiteur de sa maman, laquelle lui avait promis une sévère bastonnade en cas d’échec scolaire.

Il y a quelques semaines seulement, c’était déjà une autre fillette du même âge, mais cette fois-là au quartier PK12, qui s’était donnée la mort en se tirant une balle de pistolet dans la tête ! Motif : sa maman lui avait interdit d’aller donner à manger à son petit ami qui lui avait dit qu’il ne se sentait pas bien...
Et les cas sont malheureusement légion. Entre les hommes qui assassinent leurs concubines infidèles avant de se suicider eux-mêmes, ou encore les enfants qui sont désillusionnés par la vie, et que l’on retrouve pendus, empoisonnés, poignardés, overdosés, tout ceci parce qu’ils espéraient échapper aux difficultés de leur existence.

Si l’on constate la recrudescence de ces cas d’auto-homicides volontaires, il faut bien s’imaginer qu’il doit y avoir des causes. Déjà les constats sont nets, c’est que les suicides au Cameroun concernent les filles comme les garçons, et les adolescents comme les adultes.
Comme première explication, on peut immédiatement sauter sur la banalisation de la violence qui a libre cours dans notre société. Les images macabres circulent aisément sur les réseaux sociaux, et chaque Camerounais peut les consulter en s’en délectant. Il arrive même que nos médias TV diffusent les images de cadavres pendant le journal de 20 heures, de quoi banaliser davantage la considération que nous accordons à la vie humaine.
De plus, que de barbaries dans nos cités. Des gangs d’adolescents qui se bagarrent avec des armes blanches, et cela débouche généralement sur des blessures mortelles, des amputations voire des décès. Qui ne se rappelle pas du petit Blériot qui a été poignardé à mort par son camarade du lycée bilingue de Déido, ou encore de cet élève de Nkolbisson qui a assassiné de sang-froid son enseignant de mathématiques ? Je vous entretiendrais bien sur le sous-préfet soupçonné d’avoir abattu sa petite amie à Kribi, ou sur le gendarme qui a été tué à Finnexs parce qu’il voulait simplement se servir des toilettes publiques...

Donc, la violence. Mais aussi beaucoup d’incompréhension. Nous sommes dans une société où les populations ont les nerfs à vif, et où la moindre étincelle peut provoquer le plus grand des embrasements. Les Camerounais sont stressés et anxieux. Ils ont besoin d’argent pour la plupart. Ils vivent dans des conditions qui ne leur garantissent pas la sécurité du lendemain. Mais malheureusement, ils ne peuvent pas toujours se confier à des professionnels.
Ce que je veux dire, c’est que l’aspect psychologique de nos problèmes ne doit plus être éludé. Quand nous sommes en difficulté mentalement, bref, quand vous n’avez pas le moral, il serait peut-être judicieux parfois d’aller se faire consulter par un spécialiste. Un psychologue, un psychiatre, un psychanalyste, un philosophe, ce que vous voulez ! En abordant certains problèmes sous cette dimension, les sujets à risque pourraient mieux appréhender leurs dépressions et leur peurs pour mieux affronter les difficultés de leur quotidien. Il y va de la responsabilité de leurs parents, mais aussi de la leur propre. Il faudrait que nous développions une société du dialogue, de la réflexion et de l’apaisement. Il faudrait avoir de vrais amis à qui se confier lorsque ça ne va pas. Il faut parler, il faut écrire, bref, il faut dire ce qui vous tourmente.
La problématique du suicide est en train de devenir un véritable problème ici au Cameroun.

 

Ecclésiaste Deudjui

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