Qui a tué Paul-Éric Kinguè ?

By Ecclésiaste DEUDJUI
3 Minutes
Paul-Eric Kinguè a rendu l
Paul-Eric Kinguè a rendu l'âme le 22 mars 2021. Capture: YouTube /CC-BY

 

Vous le savez tous, le Cameroun vient de perdre l’une de ses plus illustres figures politiques. J’aurai même pu enlever « politiques », tellement Paul-Éric Kinguè était un personnage omniprésent sur la scène médiatique camerounaise, mais surtout un individu très apprécié du grand public.

Cet homme de cinquante-cinq ans est décédé dans la matinée du lundi 22 mars. Une terrible nouvelle, puisque son décès soudain est survenu –officiellement– après qu’il a contracté le virus du covid. S’en sont suivis des hospitalisations à répétition, des internements dans la garnison militaire, mais hélas ! Le coronavirus aura finalement raison de notre guerrier national, l’une des rares personnalités à affirmer publiquement ce qu’elles pensent, et à le défendre mordicus. Alors, qui a pu tuer Paul-Éric Kinguè ?

Soupçons de meurtre
Déjà, c’est très déconcertant de constater que très peu de compatriotes ont cru à la thèse de la mort par covid. Tous ceux avec qui j’ai discuté étaient tout autant sceptiques que dubitatifs. D’abord parce que la mort n’est jamais naturelle en Afrique, bien entendu, mais aussi parce que ce personnage était tellement controversé que sa mort ferait certainement plaisir à plusieurs personnes. D’ailleurs on en a vus qui s’en sont réjouis, au détriment de toute moralité et humanité. Et le fait d’avoir enterré rapidement cet illustre maire de Njombè-Penja (il a été inhumé deux jours après sa mort) a encore enflammé les rumeurs de conspiration. Certains y voyant une volonté de cacher les preuves d’un éventuel assassinat par empoisonnement par exemple. Bref, il n’y aura pas d’autopsie publique et donc tout le monde sera content.

Quels étaient ses ennemis ?
Ç’aurait été plus simple de commencer par ceux qui ne l’étaient pas. Parce que, vraisemblablement et paradoxalement aussi, Paul-Éric Kinguè était adulé par ses populations, mais honni par la majorité des autorités. On ne peut pas dire que les grosses compagnies internationales qui exploitaient les terres de Njombè-Penja pour l’agriculture et les carrières, l’aient eu en odeur de sainteté. L’ancien maire était leur caillou dans la chaussure, leur empêcheur de tourner en rond, bref, leur ennemi juré qui demandait de payer des impôts exorbitants correspondant aux milliards de francs CFA de bénéfices que ces compagnies se faisaient.
Se font, pardon.
Comme autre suspect, on parle des militants du MRC. Ceux-ci reprocheraient à l’homme à la grande gueule, sa grande gueule justement. Je rappelle que Paul-Éric Kinguè était le Directeur de campagne d’un certain Maurice Kamto lors de la dernière présidentielle de 2018, et qu’il avait participé à organiser les marches blanches de janvier 2019. Cela lui avait d’ailleurs valu neuf de prison en compagnie des barons du MRC, et il n’avait été relâché qu’à l’issue du Grand Dialogue (et Macron avait ajouté que c’était sur son injonction).
Quoi qu’il en soit, PEK a tourné le dos à Maurice Kamto après cette pénitence pour en devenir le principal pourfendeur. Il attaquait son ancien candidat dans les médias et via les réseaux sociaux, jusqu’à admettre que collaborer avec cet éminent juriste, avait été « la plus grosse erreur de sa vie » (sic).
Enfin, l’ancien maire de Njombè n’avait pas que des amitiés au sein du sérail à Yaoundé. Il invectivait ministres, délégués du gouvernement, chef de l’Etat (depuis 1982 on ne peut plus l’écrire au pluriel), ainsi que ses homologues des autres communes voire des citoyens ordinaires mais également des hommes d’affaires...

Bref, un grand homme s’en est allé. J’ai été personnellement affecté par cette disparition, parce que les hommes qui disent ce qu’ils pensent ne sont pas légion dans notre République. De surcroît, qui le disent avec élégance, avec véhémence, avec verve et avec conviction. Paul-Éric Kinguè était une personnalité clivante, orageuse et volcanique. Son enterrement en catimini en rajoute à mon chagrin, car ce monsieur aurait dû bénéficier des obsèques populaires et effervescentes comme cela lui était prédestiné. C’était un monsieur qui était adulé par ses populations, et qui était capable de créer des mouvements de foule gigantesques.
Alors savoir s’il a été tué, et qui l’aurait fait si oui, ne nous ramènera pas cet illustre Camerounais qui vient de nous quitter. On peut simplement lui souhaiter que la terre de nos ancêtres lui soit très légère...

 

Ecclésiaste Deudjui

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