L’Épreuve de la chair : une huile de safou contre la dépression ?
C’est une histoire d’huile de safou qui a d’abord attiré mon attention dans L’Épreuve de la chair, le roman de Simon Gerard Mbondo. Baptisée « Huile Dacia », elle raconte pourtant bien plus qu’une aventure entrepreneuriale. Derrière ce nom se cache le parcours de NG, un homme frappé par le deuil, emporté par la dépression et confronté aux idées suicidaires. Une histoire qui m’a rappelé une amie que j’avais conduite au sommet d’une montagne alors qu’elle traversait elle aussi une dépression.
Par Sidoine FEUGUI
L’huile de safou intervient dans la vie de Nitrant Nguyssang, dit NG, le personnage principal du roman L’Épreuve de la chair de Simon Gerard Mbondo. Quatrième d'une fratrie de huit enfants, il naît dans un village Bazam au bord de la Sanaga, un vendredi de saison des pluies. Habitué aux épreuves, NG a déjà connu les humiliations de l’enfance, les difficultés scolaires, le chômage et les tensions familiales. Mais un drame va bouleverser sa vie. C’est au cours de sa reconstruction que le safou fait son apparition à travers un projet baptisé « Huile Dacia ».
Dacia, c’est son épouse.
Et pour comprendre comment son prénom finit sur une bouteille d’huile végétale, il faut remonter le cours de leur histoire.
Dacia, puis la descente aux enfers
NG n’a pas vraiment eu une vie tranquille. Enfant, il connaît les déménagements au gré des affectations de son père, les moqueries et les humiliations à l’école. Plus tard viennent les difficultés pour poursuivre ses études, une escroquerie, puis le chômage. Il finit malgré tout par se construire professionnellement.
Il rencontre Dacia, sociologue issue d’une famille modeste du Sud, et l’épouse. Mais même leur mariage devient une épreuve. Cette union interethnique est mal accueillie par certains membres de la famille de NG. Des accusations de sorcellerie apparaissent. Puis la maladie frappe Dacia : un cancer de l’ovaire au stade trois.
NG se bat pour sa femme. Il s’endette, vend ses biens et hypothèque même sa maison.
Et pourtant, Dacia ne mourra pas du cancer. Alors qu’elle se rend au chevet de sa mère, elle perd la vie dans un crash d’avion.
C’est à partir de là que le personnage que Simon Gerard Mbondo nous présente depuis le début change complètement.
NG sombre dans le deuil. Les problèmes familiaux qui suivent l’enterrement n’arrangent rien. Il finit par dormir sur la tombe de Dacia. Puis viennent la dépression et les idées suicidaires.
C’est à cet endroit du livre que j’ai pensé à une amie.
Cette amie que j’avais emmenée en montagne
Elle traversait une dépression et était au bord du suicide. Un jour, je l’avais emmenée avec moi en montagne. Je n’étais évidemment pas parti là-bas en pensant qu’une randonnée allait régler sa dépression. Je voulais simplement lui changer les idées, passer du temps avec elle et discuter.
Nous sommes allés jusqu’au sommet.
Des années plus tard, la situation de NG m’a rappelé cette journée. Parce qu’il arrive un moment où les gens qui nous entourent peuvent traverser des choses que nous ne savons pas forcément réparer. On essaie alors d’aider comme on peut.
Dans le roman, NG aussi va recevoir de l’aide. Ses amis sont là. Un « Club des Veufs Anonymes » entre dans son histoire. Et il y a également quelque chose laissé par Dacia qui va compter dans la suite de son parcours.
Je préfère m’arrêter là sur ce point.
Parce que c’est justement en découvrant ce qui arrive ensuite que l’on comprend comment le safou revient dans l’histoire.
Pourquoi « Huile Dacia » ?
C’est peut-être la question que j’aurais envie de poser à quelqu’un avant de lui mettre L’Épreuve de la chair entre les mains.
Comment passe-t-on d’un homme qui dort sur la tombe de son épouse et pense au suicide à un homme qui lance un projet autour de l’huile de safou en lui donnant le prénom de cette même épouse ?
La réponse se trouve dans le livre.
Simon Gerard Mbondo raconte entre-temps beaucoup d’autres choses qui nous sont familières : les rapports familiaux, le chômage, la maladie et son coût, les conflits d’héritage, la foi, le deuil et la difficulté de continuer après la disparition d’un proche. En cette période marquée par la sensibilisation à la prévention du suicide, c’est surtout le parcours de NG qui m’est resté. Et cette drôle d’huile de safou.
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Au départ, ce n’était qu’une histoire d’huile de safou. Au bout de ma lecture, elle m’a ramené à cette amie et à une période sombre de sa vie. Quant à NG, je vous laisse découvrir comment il a réussi à se relever dans L’Épreuve de la chair.
Simon Gerard Mbondo explore également le deuil sous un autre regard dans son second roman, Veuve à Quarante Ans. Cette fois, il nous place aux côtés de Nanina, 40 ans, dont la vie bascule après la mort brutale de son mari Dolan. À la douleur de perdre l’homme qu’elle aime viennent rapidement s’ajouter les convoitises de sa belle-famille, les rites de veuvage qu’on veut lui imposer et une bataille autour de ses biens et de son héritage. Nanina décide pourtant de ne pas se laisser dépouiller et engage un combat pour ses droits, avant que la vie ne lui réserve également une rencontre inattendue avec Paul.