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Nuisances sonores : fermer les églises suffira-t-il à rendre Yaoundé plus silencieuse ?

10 hours ago - 3 Minutes

Depuis 2025, 1 400 églises dites de réveil ont été fermées à Yaoundé pour exercice illégal et nuisances sonores. Une décision saluée par certains riverains, mais qui relance une question plus large : la lutte contre la pollution sonore doit-elle s'arrêter aux lieux de culte ou concerner tous ceux qui troublent le quotidien des citoyens ?

Par Sidoine FEUGUI

À Yaoundé, le chant d'un coq au petit matin, le klaxon d'un taxi dans un embouteillage ou les cris d'un marché appartiennent presque au décor. Mais il existe d'autres sons qui, lorsqu'ils deviennent permanents, cessent d'être de simples nuisances pour devenir un véritable problème de santé publique.

Les autorités administratives, sous l'impulsion du ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, ont accéléré la fermeture de centaines d'églises de réveil. D'ailleurs, le sous-préfet de Yaoundé 5, François Mabaya Essomba, a procédé à la fermeture de plusieurs lieux de culte le dimanche 12 juillet 2026. Les reproches sont connus : absence d'autorisation, occupation irrégulière des espaces et surtout nuisances sonores.

Soyons honnêtes. Beaucoup de riverains ont déjà passé des nuits entières au rythme des prières amplifiées, des orchestres et des haut-parleurs poussés à plein volume. Il fallait agir.

Une loi pour tous ou pour quelques-uns ?

Mais une question me revient sans cesse : pourquoi limiter cette rigueur aux seules églises ?

Comme l'a fait remarquer Anne Féconde Noah, si l'objectif est réellement de protéger les populations contre les nuisances sonores, alors les bars, snacks-bars et autres établissements diffusant de la musique à très fort volume devraient également être concernés.

Le décret n° 90/1483 du 9 novembre 1990 fixe pourtant les horaires d'exploitation des débits de boissons : les ventes à emporter sont autorisées de 6 h à 21 h, tandis que les établissements où l'on consomme sur place peuvent fonctionner jusqu'à minuit. Dans la réalité, de nombreux bars restent ouverts bien au-delà de ces horaires, parfois jusqu'au petit matin, avec une musique qui déborde largement sur les quartiers environnants.

À cela s'ajoute le décret n° 2024/01726/PM du 26 juillet 2024, signé par le Premier ministre, qui fixe les modalités de prévention et de gestion des nuisances sonores au Cameroun et encadre les émissions de bruit afin de protéger la santé et la tranquillité publique. Son existence rappelle que la lutte contre le bruit ne vise pas un type d'établissement en particulier, mais toutes les sources de pollution sonore.

Je me souviens d'ailleurs qu'au lendemain de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, Yaoundé retrouvait un calme presque inhabituel dès 22 heures. Les rues semblaient respirer autrement. Pourquoi cette discipline ne serait-elle possible qu'en période électorale ?


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Trouver le juste équilibre

Évidemment, la question mérite d'être nuancée.

Les bars et les restaurants font vivre toute une économie nocturne. Derrière chaque établissement se trouvent des serveurs, des call-boxeurs, des vendeurs de porc braisé, de poulet braisé, des vendeuses de poisson braisé, des chauffeurs de taxi ou encore des commerçants qui réalisent l'essentiel de leurs revenus en soirée.

Il ne s'agit donc pas de fermer systématiquement tous les lieux de loisirs, mais de faire respecter les règles existantes.

Et les nuisances sonores ne s'arrêtent pas aux églises ou aux bars.

Qui n'a jamais eu ce voisin qui décide, un dimanche après-midi ou en pleine nuit, de transformer son salon en discothèque ? Anniversaire, deuil, réunion familiale ou simple envie d'écouter de la musique... les décibels montent, sans que le voisinage n'ait son mot à dire.

Que feront les autorités face à ces situations du quotidien ?

Car les conséquences de la pollution sonore sont bien documentées : troubles du sommeil, stress, fatigue chronique, difficultés de concentration, hypertension et baisse de la qualité de vie. À force d'être exposé au bruit, le corps finit lui aussi par crier en silence.

Fermer des églises qui ne respectent pas la réglementation peut être une première étape.

Mais si nous voulons réellement bâtir des villes où il fait bon vivre, alors la loi devra s'appliquer avec la même exigence aux lieux de culte, aux bars, aux établissements de loisirs... et même à chacun d'entre nous.

Après tout, le droit au culte, le droit au divertissement et le droit au repos devraient pouvoir cohabiter sans que l'un ne fasse taire les autres.