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Iconic Cinéclub : (re)découvrir Ville cruelle de Mongo Beti à travers l'image

3 hours ago - 3 Minutes

Journalistes, blogueurs, cinéastes et  littéraires se sont retrouvés, le samedi 4 juillet 2026, dans les locaux d’Iconic Company à Yaoundé pour la projection du documentaire Sur les traces de Ville cruelle. Cette œuvre rend hommage à Mongo Beti, connu sous le pseudonyme d’Eza Boto, auteur de son premier roman Ville cruelle, publié en 1954.

Par Marie Laure Nga Owona

Créé en 2018, l’Iconic Cinéclub s’est donné pour mission de promouvoir le cinéma africain à travers la production, la diffusion et l’organisation de projections-débats. Cette rencontre, portée notamment par le producteur et réalisateur Rostand Wanda, s’inscrivait pleinement dans cette dynamique. Au-delà de la projection, l’événement se voulait un espace d’échanges entre professionnels du cinéma, passionnés de littérature et acteurs des médias.

La soirée a débuté par la projection du court-métrage Mariage pluvieux, mariage heureux, réalisé par Rostand Wanda. D’une quinzaine de minutes, le film a suscité l’intérêt du public, d’autant que son actrice principale était présente dans la salle. Après un moment convivial autour de quelques amuse-bouches, les regards se sont tournés vers le documentaire Sur les traces de Ville cruelle, coréalisé par Sarah Dauphiné Tchouatcha et Gilbert Tamnou Koloko.

Sur les traces de Ville cruelle, une plongée dans l'univers de Mongo Beti

Eza Boto l
Eza Boto l'auteur du roman Ville Cruelle. Crédit : Éditions Présence Africaine 

Le documentaire replonge les spectateurs dans le Cameroun de l'époque coloniale à travers le village de Tanga, autrefois divisé entre Tanga Nord et Tanga Sud. Il explore plusieurs thèmes majeurs développés dans Ville cruelle : les inégalités héritées de la colonisation, la violence du système colonial, les conditions de travail imposées aux producteurs de cacao ou encore la déshumanisation des populations africaines.

Au-delà du roman, le film dresse également le portrait de son auteur. Né Alexandre Biyidi Awala, Mongo Beti apparaît comme un intellectuel engagé, profondément attaché à la défense des peuples africains. Enseignant de lettres classiques au lycée Pierre-Corneille en France, il a consacré une grande partie de son œuvre à dénoncer les injustices coloniales et postcoloniales.

Le documentaire rappelle également qu'il est le fondateur de la Librairie des Peuples Noirs à Yaoundé, considérée comme un haut lieu de la vie intellectuelle camerounaise.

A lire aussi : Au cœur de la jungle : une autre façon de voir la faune africaine et les enjeux de sa protection.

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« Rapprocher les jeunes de l'histoire du roman »

Public présent pendant la projection. Crédit : Iconic Company 
Public présent pendant la projection. Crédit : Iconic Company 

À l'issue de la projection, les deux réalisateurs ont échangé avec le public.

Pour Gilbert Tamnou Koloko, l'objectif du documentaire est clair : « Produire un documentaire de ce genre ne consiste pas à détourner les jeunes de la lecture, mais bien à les rapprocher de l'histoire du roman, à raviver l'envie de lire et à leur faire vivre pleinement l'expérience de l'œuvre. »

Le réalisateur explique avoir choisi Ville cruelle en raison de « sa portée universelle et de la richesse philosophique de son auteur ». Toujours inscrit dans les programmes scolaires, le roman méritait, selon lui, d'être remis au goût du jour afin de susciter l'intérêt des nouvelles générations.

Visuel officiel de la projection. Crédit : Iconic Company
Visuel officiel de la projection. Crédit : Iconic Company

Sa coréalisatrice, Sarah Dauphiné Tchouatcha, est revenue sur les difficultés rencontrées pendant la production.

« Le plus grand défi a été le financement », a-t-elle confié, tout en saluant la détermination de toute l'équipe qui a permis au projet d'aboutir.

Parmi les spectateurs, le blogueur Lelela s'est montré enthousiaste. Il salue « une très bonne initiative portée vers la jeunesse », estimant que le documentaire constitue un excellent moyen de transmettre l'héritage de Mongo Beti. Il invite également les milieux littéraire et cinématographique à reconnaître pleinement l'écrivain comme « un grand héros national ».

À travers cette projection, l'Iconic Cinéclub démontre qu'un classique de la littérature peut trouver une nouvelle vie à l'écran. Plus qu'un simple documentaire, Sur les traces de Ville cruelle apparaît comme une invitation à redécouvrir Mongo Beti, son œuvre et le regard lucide qu'il portait sur l'histoire du Cameroun.

« Sur les traces de Ville cruelle », réalisé par Sarah Tchouatcha et Gilbert Tamnou Koloko, a remporté le Prix spécial du jury aux Écrans Noirs 2025. Le documentaire est disponible gratuitement sur TV5Monde Plus.