Mondial 2026 : les tracasseries de l’Iran
Savez-vous les tracasseries que subissent les iraniens pour acquérir leur visa pour les États-Unis ? Savez-vous comment sera meubler leur quotidien ?
L’équipe d'Iran (la Team Melli), fait face aux tracasseries de toute nature qu’aucune autre équipe n’a vécu en pareilles circonstances. Les tensions administratives entourant l'obtention des visas, des restrictions dans les territoires américains, des pressions de toute sorte qui sont susceptibles d’entamer le moral des joueurs sont au menu de leur quotidien.
Le choc des cadres juridiques : souveraineté vs règlement FIFA
Entre la FIFA et les pays organisateurs de la Coupe du Monde, il existe un accord d'association (Hosting Agreement). C’est le préalable pour l’attribution d’une compétition mondiale comme la Coupe du monde (CDM). C’est ce qui s’est passé entre la FIFA et le trio de pays organisateurs donc les États-Unis, le Canada, et le Mexique. Cet Hosting Agreement est extrêmement strict. Il comporte des engagements que ces trios doivent impérativement respecter. A défaut, ils peuvent à la longue subir une sanction extrêmement lourde. Ce contrat stipule noir sur blanc que les pays hôtes s'engagent à :
- Garantir l'accès au territoire à toutes les délégations qualifiées.
- Eviter la discrimination en ciblant les délégations en fonction de la nationalité, de la religion ou des relations diplomatiques avec leur pays respectifs.
- Délivrer des visas de courtoisie ou des autorisations spéciales aux joueurs, à leurs staffs et les officiels
- Délivrer les visas surtout aux journalistes accrédités.
Cependant, sur le plan du droit international, cet accord a des limites qui sont au-delà des pouvoirs de la FIFA et qu’il faut malheureusement en tenir compte. Il n’est pas au-dessus de la loi nationale, c’est-à-dire de la loi fédérale et de la loi sur la sécurité nationale. Ce sont d’abord des États souverains qui ont des responsabilités vis-à-vis de leur peuple respectif. Prenons l’exemple des États-Unis, puisque c’est le cas qui nous intéresse ici. L'octroi des visas ne se fait pas au hasard. Il relève de la compétence exclusive du Département d'État (ministère des Affaires étrangères) et des services de sécurité intérieure (Homeland Security). L'administration américaine applique des protocoles légaux stricts dont elle ne peut constitutionnellement pas s'affranchir, sous peine de violer ses propres lois sur la sécurité du territoire.
Pourquoi l'Iran fait-il l'objet de contrôles si stricts ?
La Team Melli subit des tracasseries depuis le début des demandes de visas pour toutes les personnes qui composent la délégation : joueurs et encadreurs. En dehors de la Team Melli, il y a des officiels, journalistes, et quelques invités. Ces tracasseries subies par toute la délégation iranienne découlent de plusieurs facteurs. Ils sont d’ordre politiques et administratifs majeurs. Ces facteurs s'imposent aux agents consulaires américains qui sont obligés d’adopter des comportements de méfiance et de prudence pour éviter des conflits diplomatiques dans un contexte de tensions militaires :
- L'absence de relations diplomatiques directes : Les États-Unis et l'Iran n'ont plus de relations diplomatiques officielles depuis 1980. Pour que la délégation iranienne demande des visas pour les personnes qui la composent il faut se rendre à une ambassade des Etats-Unis. Malheureusement, il n'y a pas d'ambassade américaine à Téhéran. Il restait à la délégation de solliciter une ambassade américaine installée dans un autre pays plus proche comme la Turquie, l'Arménie ou les Émirats arabes unis. Il était donc question de passer les entretiens de visa et de fournir les empreintes biométriques. Pour ce faire, les joueurs et le staff iraniens ont dû faire le déplacement pour Ankara. Ce qui a considérablement alourdi et retardé les procédures.
- Le décret de contrôle renforcé (Section 212(f) de l'INA) : les tracasseries ne sont pas seulement du fait de déplacement pour un autre pays, mais elles sont surtout liées au fait de la nature des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l’Iran. Ces relations sont jonchées des tensions géopolitiques persistantes, des programmes nucléaires iraniens, du statut de l'Iran sur certaines listes de surveillance américaines. La conséquence de ces relations diplomatiques tendues est que tout ressortissant iranien, quel qu’il soit, fait l'objet d'une procédure appelée Administrative Processing (traitement administratif approfondi).
- Le cas des binationaux et du service militaire : en Iran, tout citoyen doit faire le service militaire qui est obligatoire. Si les services de sécurité américains passent au crible le passé de chaque membre du staff et des joueurs, la situation se complique davantage pour la délégation iranienne. Le corps de sécurité et les branches de l'armée iranienne sont considérés comme les plus dangereux par les Etats-Unis. Même si tout le monde n’est pas passé par ces catégories des corps de l’armée iranienne, Washington les classe officiellement dans la catégorie d'organisations sous sanctions. Vérifier le profil de chaque membre de la délégation pour s'assurer qu'aucun ne tombe sous le coup d'une loi d'exclusion américaine a pris beaucoup de temps que pour un service classique.
Pour éviter de subir les tracasseries des Etats-Unis, le Mexique sert donc de véritable "base arrière" à la Team Melli. Cela leur permet de s'entraîner dans des conditions optimales de tranquillité, tout en limitant au strict minimum leur exposition aux contrôles de sécurité drastiques et aux tracasseries administratives du territoire américain.
Comment la situation a-t-elle été débloquée ?
La FIFA a pesé de tout son poids pour ramener les Etats-Unis à alléger les procédures ou à rendre rapidement ses résultats des demandes de visas. Une éventuelle absence de l’Iran allait faire un gros scandale dans le monde du football. Cette absence allait surtout fausser la philosophie du fair-play et de la neutralité du sport. Comment, face à la dureté des lois américaines sur l’octroi des visas aux iraniens, la FIFA a-t-il fait pour contraindre les Etats-Unis à se plier à ses injonctions ? Une intense diplomatie de coulisses s'est mise en place :
- La pression psychologique et les menaces juridiques et financière de la FIFA : Gianni Infantino et les instances juridiques de la FIFA se sont mobilisés pour interpeler les Etats-Unis. Ils ont rappelé à l'administration américaine les engagements pris lors de la signature de l’accord Hosting Agreement. La FIFA a brandi deux types de menaces : les menaces de sanctions financières et les menaces de complications juridiques. Si les Etats-Unis ne s’exécutent pas, et si le principe d'universalité n'était pas respecté, ils risquent subir les foudres de la FIFA pour les futures organisations d'événements sportifs sur le sol américain (comme les JO de Los Angeles 2028).
- La solution des "Dérogations d'Intérêt National" (National Interest Waivers) : finalement, les autorités américaines ont fini par trouver un raccourci pour éviter ces différentes tracasseries administratives d’obtention des visas. Elle a réussi à débloquer la situation sans violer la loi américaine. Pour y arriver, le Département d'État a finalement utilisé un mécanisme légal spécifique. C’est un contournement administratif qui permet de lever temporairement les restrictions de visa pour des raisons d'intérêt national majeur appelé National Interest Waivers (en l'occurrence, le respect des engagements internationaux des États-Unis en tant que pays hôte d'un événement planétaire). Malgré ces levées de restriction, Il est à noter que l'octroi des visas n'a pas été un fleuve tranquille et que des restrictions subsistent. Pour le staff et les joueurs clés, le problème ne se pose plus. Pour les visas, tous les joueurs sélectionnés et le cœur du staff technique (entraîneur, médecins) ont tous obtenu leur autorisation d'entrer sur le territoire américain grâce au mécanisme des dérogations d'intérêt national (National Interest Waivers).
En conclusion, sportivement, l'équipe est au complet. Par contre, pour les officiels et les "extras", la situation s'est compliquée. Accorder les visas à la délégation élargie n’est pas du tout une chose facile. Plusieurs Iraniens comme certains membres de la Fédération iranienne de football, des personnels administratifs, des journalistes officiels iraniens et bien d’autres personnalités invités à accompagner l’équipe nationale se sont vu opposer un refus strict ou des délais d'attente indépassables. Les États-Unis ont appliqué une politique de filtrage rigoureuse, n'accordant le laissez-passer qu'au strict nécessaire sportif.
Pourquoi La Team Melli choisit le Mexique pour son campement ?
L’Iran se trouve dans le Groupe G avec la Belgique, l'Égypte et la Nouvelle-Zélande. L'un des grands avantages de ce Mondial triparti est la facilité des moyens de transport et de communication des villes hôtes entre elles. Ainsi, les villes qui vont accueillir les matchs de la poule G sont à Vancouver, au Canada. La ville est très proche de la frontière avec les Etats-Unis. Elle se trouve à seulement 40 Km au nord de la frontière américaine. La deuxième ville c’est Seattle, aux Etats-Unis. Elle est située à 140 Km au sud de la frontière avec le Canada. La troisième ville c’est Los Angeles, aux Etats-Unis également. Elle est située nettement plus loin encore, à 22O Km au nord de la frontière mexicaine.
Tous les matchs de l’Iran vont se jouer aux Etats-Unis. Après avoir choisi Tucson, dans l'État de l'Arizona aux États-Unis comme base, la fédération iranienne a modifié son programme pour finalement prendre le Mexique. Mais la FIFA a officiellement validé ce déménagement tardif. C’était un choix difficile mais nécessaire. Pour éviter la pression médiatique, les contrôles de sécurité quotidiens trop lourds à l'intérieur des villes américaines et pour garantir une totale liberté de mouvement à leur entourage, l'équipe d'Iran a choisi d'installer son camp de base officiel dans la ville frontalière de Tijuana, située à l'extrême nord-ouest du Mexique, juste au sud de la ville américaine de San Diego. Plus précisément, la Team Melli a pris ses quartiers au Centro Xoloitzcuintle, le centre d'entraînement officiel et ultra-moderne du club de football local, les Xolos de Tijuana. Le choix de Tijuana répond à plusieurs critères dont deux importants.
Premièrement, la proximité immédiate avec la Californie où l'Iran doit disputer ses deux premiers matchs à Los Angeles (contre la Nouvelle-Zélande et la Belgique). En logeant à Tijuana, l'équipe se trouve à seulement quelques kilomètres de la frontière californienne. Cela permet de minimiser les temps de trajet en avion et de faciliter grandement les allers-retours via des couloirs de transit simplifiés. L'équipe va vivre, s'entraîner et se préparer au Mexique. Ils prendront des vols dédiés (des navettes de la FIFA) pour se rendre aux États-Unis uniquement pour y disputer leurs matchs de poule, respectant l'obligation de la FIFA d'arriver 24 à 48 heures avant le coup d'envoi. Une fois le match terminé, ils retourneront immédiatement dans leur quartier général mexicain.
Deuxièmement, les services secrets américains (Secret Service) et le Homeland Security vont placer la Team Melli sous une surveillance de niveau présidentiel. Leurs déplacements seront escortés en permanence. Contrairement à d'autres sélections qui peuvent s'accorder des sorties culturelles ou des moments de détente en ville, la délégation iranienne devra respecter un protocole de confinement relatif. En raison des sanctions bancaires internationales qui frappent l'Iran, la gestion financière de la délégation sur place (paiement des extras, frais logistiques imprévus) fait l'objet d'un suivi strict. La FIFA doit elle-même servir d'intermédiaire financier pour régler directement les prestataires (hôtels, bus, centres d'entraînement) afin d'éviter tout flux financier direct soumis aux lois d'embargo américaines. Si tout peut garantit la sécurité, cela limite aussi drastiquement la liberté de mouvement en dehors de l'hôtel et des terrains d'entraînement. Le contournement de ces blocages est une base arrière comme solution. Cela permet à l'ensemble du staff élargi, aux officiels et aux techniciens de travailler dans la sérénité la plus totale au Mexique, sans être soumis aux règles de confinement, des restrictions drastiques imposées et aux restrictions de sécurité drastiques qui les attendaient sur le sol américain. Les Iraniens bénéficient d'un climat politique et d’un accueil beaucoup plus serein. Les procédures de visa et de séjour y sont infiniment plus simples pour l'ensemble de la délégation élargie (staff, officiels, cuisiniers, etc.).
Même si le volet sportif est préservé, le quotidien des joueurs et du staff durant le tournoi sera tout de même marqué par des contraintes lourdes. En somme, si l'équipe d'Iran n'est pas "expulsée" après chaque coup de sifflet final, elle évolue indiscutablement dans le climat le plus surveillé, le plus restrictif et le plus politisé de toutes les équipes engagées dans ce Mondial. Pour les joueurs, le défi sera de réussir à faire abstraction de cette cage dorée administrative pour se concentrer uniquement sur le rectangle vert.