Surveillance sanitaire de la faune sauvage : ce que prépare le Cameroun pour prévenir les prochaines zoonoses
Du 3 au 5 juin 2026, Mbankomo a accueilli un atelier national consacré à la surveillance sanitaire intégrée de la faune sauvage. Chercheurs, vétérinaires, médecins, gestionnaires d’aires protégées et acteurs de la société civile ont échangé autour de l’approche « Une Seule Santé ». Au cœur des débats : la prévention des maladies transmissibles entre les animaux, l’homme et l’environnement. Un sujet qui concerne aussi l’avenir du tourisme de nature dans les parcs nationaux du Cameroun.
Lorsque nous visitons un parc national ou un parc zoologique, nous admirons souvent la beauté des paysages, la richesse de la biodiversité ou encore la majesté des animaux sauvages. Rarement nous pensons aux risques sanitaires qui peuvent exister derrière cette nature que nous aimons contempler.
Pourtant, derrière chaque gorille observé au Parc National de la Mefou, chaque éléphant aperçu dans la Lobéké ou chaque chauve-souris vivant entre les arbres se cache une réalité bien connue des scientifiques : les animaux sauvages peuvent être porteurs de maladies transmissibles à l’homme.
C’est autour de cette préoccupation qu’a été organisé à Mbankomo, du 3 au 5 juin 2026, l’atelier national sur la surveillance sanitaire intégrée de la faune sauvage selon l’approche « Une Seule Santé » (One Health
Pendant trois jours, experts nationaux et internationaux, vétérinaires, médecins, épidémiologistes, chercheurs, gestionnaires d’aires protégées, conservateurs de parcs zoologiques, environnementalistes et représentants de la société civile ont réfléchi aux moyens de mieux surveiller la santé de la faune sauvage au Cameroun.
Cette rencontre, organisée par le CIRAD, CIFOR-ICRAF, la FAO, le Programme National de Prévention et de Lutte contre les Zoonoses Émergentes et Réémergentes (PNPLZER - Programme Zoonoses), visait notamment à renforcer la collaboration entre les différents secteurs concernés.
Selon Sali Ballo, coordonnateur du Programme Zoonoses, les enjeux sont considérables.
« Notre pays est fier de faire partie du Bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical du monde. Cette richesse écologique constitue un réservoir naturel de pathogènes encore peu connus », a-t-il rappelé lors de l’ouverture des travaux.
Les exemples récents montrent que le risque n’est pas théorique. Ebola, la grippe aviaire, le Mpox ou encore la Covid-19 ont rappelé à quel point les maladies zoonotiques peuvent bouleverser des sociétés entières.
Dans plusieurs pays voisins du Cameroun, notamment la République démocratique du Congo, la République centrafricaine ou la Guinée équatoriale, certaines épidémies ont impliqué directement la faune sauvage.
Des défis sanitaires au cœur du Bassin du Congo
L’approche « Une Seule Santé » repose sur un principe simple : la santé humaine, la santé animale et la santé de l’environnement sont étroitement liées.
Protéger les animaux sauvages ne consiste donc pas uniquement à préserver la biodiversité. Il s’agit aussi de protéger les populations humaines.
Les experts réunis à Mbankomo ont souligné plusieurs défis : le manque de données fiables sur certaines espèces, les difficultés de capture et de manipulation des animaux, l’insuffisance d’équipements de biosécurité ou encore l’absence d’harmonisation dans la collecte des données.
Ces difficultés sont d’autant plus importantes que « le Cameroun abrite plus de 400 espèces de mammifères et plus de 900 espèces d’oiseaux ». Chaque espèce possède son propre comportement, son propre habitat et ses propres risques sanitaires.
Les participants ont également travaillé à la construction d’une feuille de route destinée à consolider les bases d’une stratégie nationale de surveillance sanitaire de la faune sauvage.
Pour les organisateurs, cet atelier pourrait marquer une étape importante dans la mise en place d’un système intégré, durable et opérationnel.
Quand la santé des parcs nationaux concerne aussi les touristes
Pour un blogueur tourisme comme moi, cette question est loin d’être abstraite. Le Cameroun compte parmi les pays les plus riches d’Afrique en matière de biodiversité. Du Parc national de Waza au Parc national de Lobéké, en passant par Campo Ma’an, Korup, Nki, la Bénoué ou encore la Réserve du Dja, ces espaces attirent chaque année des milliers de visiteurs, chercheurs, écogardes et communautés riveraines.
Mais ces lieux de découverte sont aussi des espaces d’interaction entre l’Homme, les animaux et l’environnement.
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Chaque visite dans une aire protégée implique des contacts indirects avec des écosystèmes complexes. Les guides, les écogardes, les chercheurs, les pisteurs, les touristes et même les communautés riveraines sont concernés.
Au-delà des enjeux de santé publique, la surveillance sanitaire de la faune sauvage participe également à la préservation du tourisme durable.
Un parc national où les écosystèmes sont surveillés est un parc plus sûr pour les visiteurs, les guides et les populations locales.
C’est aussi un outil précieux pour lutter contre le braconnage, protéger les activités économiques liées à l’écotourisme et améliorer les décisions de conservation.
En quittant cet atelier, je repensais à ces milliers de visiteurs qui parcourent chaque année les espaces protégés du Cameroun. Beaucoup viennent admirer la beauté de notre patrimoine naturel. Peu savent que derrière cette richesse se cache un immense travail scientifique et sanitaire.
Préserver la santé de la faune sauvage, ce n’est pas seulement protéger les animaux.
C’est protéger les femmes et les hommes qui vivent de ces espaces, les communautés qui les entourent et tous ceux qui viennent y chercher l’émerveillement.
Car au fond, dans nos parcs nationaux, la santé de la nature est aussi la nôtre.