Les menstruations ne devraient pas être un frein silencieux à l’éducation des jeunes filles
Selon une étude de l’UNICEF publiée en 2023, plus de 5 millions de jeunes filles dans le monde vivent en situation de précarité menstruelle. Au Cameroun, le manque de protections hygiéniques, l’absence d’infrastructures adaptées et le poids des tabous freinent encore l’éducation de nombreuses jeunes filles. Pourtant, les menstruations ne devraient jamais être un obstacle à leur dignité ni à leur avenir.
Par Marie Laure Nga Owona
La précarité menstruelle se définit comme l’incapacité, voire l’impossibilité, pour une jeune fille d’accéder aux produits d’hygiène nécessaires pendant ses règles. Notamment, serviettes hygiéniques, sous-vêtements adaptés, médicaments ou encore infrastructures sanitaires adéquates. Dans plusieurs régions du pays, le manque de moyens financiers demeure la principale cause. De nombreuses familles peinent déjà à joindre les deux bouts et l’achat de serviettes hygiéniques, dont le prix varie entre 500 et 1 200 FCFA le paquet, devient alors un véritable dilemme.
À cela s’ajoute l’absence de dialogue. Dans plusieurs cultures camerounaises, les menstruations restent un sujet sensible, parfois même interdit. Beaucoup de jeunes filles grandissent sans véritable éducation menstruelle, faute de discussions au sein des familles. Dans les établissements scolaires également, les espaces dédiés aux filles sont rares ou mal entretenus : absence d’eau potable, manque de papier hygiénique, toilettes bouchées ou absence de désinfectants. Les infirmeries scolaires, quant à elles, disposent rarement de protections hygiéniques dans leurs trousses de secours.
La précarité menstruelle peut entraîner le décrochage scolaire
Cette situation entraîne un fort taux d’absentéisme scolaire chez les jeunes filles. Le manque d’infrastructures sanitaires adaptées dans les écoles pousse plusieurs d’entre elles à rester à la maison pendant leurs règles. Les toilettes sont souvent mixtes et ne permettent pas à une élève qui s’est tachée de se changer discrètement au cours de la journée.
La peur des moqueries, la honte de se salir en public ou encore le port de vêtements inadaptés renforcent ce malaise. À cela s’ajoute la crainte de souffrir pendant les cours sans pouvoir bénéficier d’une prise en charge médicale appropriée à l’école. Faute de médicaments disponibles dans les infirmeries scolaires, certaines jeunes filles préfèrent s’absenter entre quatre et six jours par mois.
Accumuler plusieurs jours, voire plusieurs mois d’absence à l’école, peut conduire à un décrochage scolaire.
Des conséquences sociales et psychologiques importantes
Dans certaines régions du Septentrion, par exemple, plusieurs jeunes filles se retrouvent confrontées au mariage précoce dès l’apparition de leurs premières règles. Sans accompagnement ni sensibilisation sur les bonnes pratiques d’hygiène menstruelle, beaucoup développent des infections bactériennes, des irritations ou d’autres complications liées au manque d’hygiène.
Sur le plan psychologique, les conséquences sont également lourdes. Les jeunes filles en période menstruelle sont parfois marginalisées par leur entourage, considérées comme impures ou sujettes aux moqueries. Certaines traditions vont même jusqu’à leur interdire certaines activités domestiques.
Nomlo, étudiante à l’Université de Yaoundé I, témoigne : « Lorsque je saigne, je suis mal vue à la maison. Mon père et mes frères m’évitent, et ma mère m’interdit de cuisiner. Selon elle, le repas va cuire à moitié à cause de mon impureté. »
Comme Nomlo, de nombreuses jeunes filles souffrent en silence, au point de ne plus oser parler de leurs difficultés.
Sensibiliser pour mieux agir
L’éducation à l’hygiène menstruelle est aujourd’hui essentielle. Les parents et les tuteurs doivent pouvoir échanger librement avec leurs filles afin de les préparer psychologiquement et de leur faire comprendre que les menstruations sont un phénomène naturel qui ne doit susciter ni honte ni peur.
Les pouvoirs publics ont également un rôle majeur à jouer. Il devient nécessaire de mettre en place des politiques facilitant l’accès aux produits d’hygiène menstruelle à des prix abordables, voire gratuitement pour les plus vulnérables.
Le système éducatif devrait également intégrer des séances de sensibilisation sur les menstruations, la gestion de l’hygiène intime et l’accompagnement psychologique des jeunes filles. Des conseillers d’orientation et des personnels de santé scolaire pourraient contribuer à réduire l’absentéisme lié à cette situation.
Par ailleurs, les établissements scolaires et les lieux de travail doivent être dotés d’espaces sanitaires propres, sécurisés et adaptés aux besoins des femmes. La promotion des serviettes hygiéniques lavables et écologiques pourrait également constituer une solution durable, notamment pour les jeunes filles souffrant d’allergies aux protections jetables.
Enfin, des programmes de sensibilisation dans les écoles, les quartiers et les zones rurales sur la fabrication de protections hygiéniques écologiques permettraient de réduire cette précarité grandissante.
Ensemble, agissons contre ce fléau qui affecte la société camerounaise et bien au-delà. Une seule devise devrait désormais guider les actions : éduquer, encadrer et protéger les jeunes filles et les femmes pendant leurs menstruations. Non à la marginalisation. Non au coût exorbitant des serviettes hygiéniques. Car l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035 ne saurait se construire en laissant de côté des millions de jeunes filles.
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Cet article a été rédigé dans le cadre du concours #CherrelContest de l’association CHERREL sous le thème « Précarité menstruelle, défi majeur pour l'éducation de la jeune fille. ».