Society

Kribi : la banalisation d’une imposture qui inquiète

4 hours ago - 2 Minutes

À Kribi, ville cosmopolite et pôle stratégique du littoral géographique camerounais, un phénomène préoccupant semble s’installer dans une forme de tolérance inquiétante : la confusion croissante entre leadership associatif et autorité traditionnelle.

Ces dernières années, certains responsables d’associations communautaires initialement désignés pour représenter les intérêts sociaux et culturels de leurs membres s’arrogent désormais des titres et prérogatives relevant de la chefferie traditionnelle. Une dérive qui ne relève plus de cas isolés, mais d’une tendance qui, à force de répétition, tend à se normaliser.

Or, dans l’organisation socioculturelle camerounaise, la chefferie traditionnelle repose sur des fondements clairs : un territoire reconnu, une légitimité historique, des sujets identifiés et une reconnaissance codifiée. Peut-on alors sérieusement assimiler un représentant d’association à un chef traditionnel ? La question mérite d’être posée avec rigueur.

Le malaise s’accentue lorsque ces proclamations s’opèrent dans des territoires déjà structurés, où existent des chefferies légitimes et reconnues. La création implicite ou explicite de « chefferies parallèles » dans des espaces d’accueil constitue non seulement une entorse aux usages, mais aussi un facteur de tensions latentes entre communautés.

Plus troublant encore, certaines initiatives semblent bénéficier d’une forme de validation administrative, comme en témoignent des cérémonies d’installation controversées. Cette posture interroge : s’agit-il d’une méconnaissance des enjeux traditionnels, d’un laisser-faire institutionnel ou d’un choix délibéré aux conséquences potentiellement lourdes ?Dans une ville comme Kribi, où cohabitent des communautés diverses dans un équilibre parfois fragile, la légèreté autour des symboles d’autorité peut rapidement devenir une source de conflits. Car au-delà des titres, c’est la question du respect des identités, des territoires et des hiérarchies traditionnelles qui est en jeu.

Face à cette situation, une clarification s’impose. Il devient urgent que les autorités compétentes rappellent le cadre légal et coutumier encadrant la chefferie traditionnelle, afin d’éviter que des initiatives individuelles ne viennent fragiliser la cohésion sociale.Kribi ne saurait devenir un espace où les titres s’improvisent et les légitimités se fabriquent. Préserver l’ordre traditionnel, c’est aussi garantir la paix sociale.