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Kapriciaa Amad : « L’initiative “100 Plats pour Eux” est née d’une blessure profonde »

5 hours ago - 5 Minutes

À travers l’initiative « 100 Plats pour Eux », menée le 4 avril au quartier Warda à Yaoundé, Kapriciaa Amad transforme une épreuve personnelle en action solidaire concrète. Dans cet entretien, elle revient sur l’impact humain de l’opération et son ambition de lutter durablement contre la faim.

Visuel de l’activité « 100 Plats pour Eux »
Visuel de l’activité « 100 Plats pour Eux »

Voyage en hauteur : Pouvez-vous nous expliquer comment est née l’initiative “100 Plats pour Eux” et ce qui vous a motivée à la lancer à Yaoundé ?

L’initiative “100 Plats pour Eux” est née d’une blessure profonde, mais surtout d’une promesse !! En 2022, j’ai perdu mon frère à la suite d’une erreur médicale. Durant son hospitalisation, j’ai été témoin de l’inimaginable. J’ai vu des gens dans une souffrance qui dépasse la maladie, aggravée par la pauvreté extrême.

Avec mon frère, nous avions un rêve : créer les “Laboratoires Amad” pour offrir des soins gratuits aux plus démunis. J’ai perdu mon « soldat » sur le champ de bataille, mais j’ai refusé de laisser tomber nos armes. En attendant de bâtir ces laboratoires, j’ai décidé d’agir sur l’urgence vitale : la faim. À mon humble niveau, je me suis promis que personne ne devrait souffrir de faim à l’hôpital ou dans la rue. Offrir ces repas, c’est maintenir notre rêve vivant.

Voyage en hauteur : Comment s’est déroulée cette édition du 4 avril, notamment sur le terrain auprès des enfants de la rue de Warda ?

Les bénéficiaires de l’initiative 100 Plats pour Eux réunies devant le Palais des Sports de Warda. Crédit 📷 : Moustikeur Fondation
Les bénéficiaires de l’initiative 100 Plats pour Eux réunies devant le Palais des Sports de Warda. Crédit 📷 : Moustikeur Fondation

Cette édition du 4 avril à Warda a été un moment d’une rare intensité. Dès notre arrivée au point de rendez-vous, une véritable chaîne de solidarité s’est mise en place avec nos bénévoles (notamment la troupe de Moustik le Karismatik). Notre priorité était d’aller à la rencontre de ces enfants, de créer un contact avant même la distribution.

​Nous avons réussi à regrouper un grand nombre d’entre eux dans le calme. Chaque enfant a reçu un kit complet : un repas chaud, une boisson, de l’eau, mais aussi une part de cake et des biscuits pour le goûter. Au-delà de la nourriture, c’est le sourire et l’ordre dans lequel tout s’est déroulé qui m’ont marquée. On sentait que pour eux, ce n’était pas juste un repas, c’était une marque de considération.

« On sentait que pour eux, ce n’était pas juste un repas, c’était une marque de considération. »

Les bénéficiaires de l’initiative 100 Plats pour Eux réunies devant le Palais des Sports de Warda. Crédit 📷 : Moustikeur Fondation
Les bénéficiaires de l’initiative 100 Plats pour Eux réunies devant le Palais des Sports de Warda. Crédit 📷 : Moustikeur Fondation

Voyage en hauteur : Vous évoquez une mobilisation forte des partenaires et bénévoles : quel rôle ont-ils concrètement joué dans la réussite de l’événement ?

Seule, je n’aurais jamais pu atteindre cet impact. Nos partenaires ont cru en nous dès le moment où nous leur avons parlé du projet, nous aidant à porter l’initiative sur le plan digital et en nous soulageant sur la logistique des boissons.

Mais ce qui m’a le plus touchée, c’est l’implication des bénévoles. Distribuer des repas dans la rue, à Warda, demande beaucoup de tact et de sang-froid. Ils ont su gérer le flux avec un sourire constant, veillant à ce que personne ne soit oublié et que tout se passe dans le calme. Ils sont les véritables piliers de cet événement.

Merci au partenaire majeur Moustikeur Fondation

Le partenaire Moustikeur Fondation en pleine action sur le terrain. Crédit : Moustikeur Fondation
Le partenaire Moustikeur Fondation en pleine action sur le terrain. Crédit : Moustikeur Fondation

Voyage en hauteur : Au-delà de la distribution de repas, quel message souhaitez-vous transmettre à travers cette action solidaire ?

Mon message est simple : l’indifférence ne doit pas être une fatalité. À travers « 100 Plats pour Eux », je veux rappeler que la faim ne devrait jamais être le compagnon de la maladie ou de la rue.

J’estime que personne ne doit être oublié. À Yaoundé, nous passons chaque jour devant la souffrance sans la voir. Cette action est là pour dire à ces enfants et à ces malades : « On vous voit, vous comptez ».

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​Je veux aussi pouvoir transmettre l’idée que la solidarité n’est pas une question de grands moyens, mais de grand cœur. Donner un repas, c’est offrir un moment de répit et de dignité. C’est porter l’héritage de mon frère qui croyait fermement que la pauvreté ne devrait jamais être un obstacle pour vivre ou se soigner.

Cette action que je mène est le témoin d’une ambition plus grande. Le message que je porte, c’est que l’accès aux besoins primaires tels que manger et se soigner est un droit, pas un luxe.

​Aujourd’hui, nous distribuons des plats pour répondre à l’urgence, mais mon objectif ultime reste la création des Laboratoires Amad. À travers cette action solidaire, je sème les graines d’un système où les plus démunis seront pris en charge gratuitement. C’est une invitation faite à tous les Camerounais à se joindre à nous pour bâtir ce futur où la dignité humaine est la priorité.

« À travers « 100 Plats pour Eux », je veux rappeler que la faim ne devrait jamais être le compagnon de la maladie ou de la rue. »

Les sachets de jus d’oseille (foléré). Crédit : Kapriciaa Amad
Les sachets de jus d’oseille (foléré). Crédit : Kapriciaa Amad

Voyage en hauteur : Vous annoncez une volonté de pérenniser l’initiative chaque mois : quels sont vos objectifs pour les prochaines éditions et comment le public peut-il s’impliquer ?

Notre vision est claire : faire de « 100 Plats pour Eux » un rendez-vous mensuel incontournable à Yaoundé.

Nous ne voulons plus que ce soit une action ponctuelle, mais une présence constante pour ceux qui en ont besoin.

Pour les prochaines éditions, nos objectifs sont :

  • Augmenter le volume : Passer de 100 à 200, puis 300 plats, car les besoins sur le terrain sont immenses.
  • Étendre les zones : Toucher d’autres points névralgiques de la ville et d’autres hôpitaux.
  • Diversifier l’aide : Intégrer progressivement des produits d’hygiène de base.

Le public est notre force. On peut nous aider de plusieurs manières :

  • par des dons en nature (denrées alimentaires, boissons)
  • par un soutien financier pour l’achat du matériel
  • En devenant bénévole sur le terrain. Nous avons toujours besoin de bras pour cuisiner, emballer et distribuer. Tout le monde est le bienvenu dans cette famille.
  • Devenir ambassadeur : en partageant nos actions sur les réseaux sociaux. Parfois, un simple partage permet de trouver un partenaire.

Chaque main tendue nous rapproche un peu plus des futurs Laboratoires Amad.

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Voyage en hauteur : Quelle était la composition du menu proposé lors de l’opération « 100 Plats pour Eux » et comment avez-vous choisi les repas distribués ?

Le menu de cette édition était composé de riz accompagné d’une sauce tomate à la viande hachée. C’est un plat qui fait l’unanimité, facile à transporter et surtout très complet sur le plan nutritionnel pour des enfants ou des malades.

Pour être tout à fait honnête, le choix s’est fait en fonction de notre budget actuel. Ainsi, nous avons optimisé chaque franc afin que la qualité soit au rendez-vous sans sacrifier la quantité. C’est d’ailleurs pour cela que nous appelons aux dons : afin que demain, grâce à davantage de moyens, nous puissions varier les menus et offrir des repas encore plus consistants.

Chaque plat a été préparé avec soin, en gardant à l’esprit que pour beaucoup de ces enfants, c’était peut-être le seul repas complet de la journée. Notre objectif pour les prochaines fois est de diversifier ce menu à mesure que nos partenaires nous rejoindront.

Vidéo récapitulative de l’activité

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