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Le Conte De Ma Mère

6 hours ago - 4 Minutes
Le blogueur Christian Deutou et sa Mère 
Le blogueur Christian Deutou et sa Mère 

Ce n’est assurément pas la première fois que, au cœur de la nuit, je laisse courir mes doigts sur mon clavier pour relater le parcours de ma mère. Et ce ne sera certainement pas la dernière. Je le ferai encore dans les semaines, les mois, voire les années à venir, car je fais partie de ceux qui estiment qu’il faut honorer les êtres chers de leur vivant, et non une fois qu’ils ont quitté ce monde.

Il est une fois, ma mère 

Source//Christian Deutou 
Source//Christian Deutou 

Ah… « Ma Marr », comme l’appellent affectueusement ses voisines de Makénéné, usant du diminutif de son prénom Marlyse, ou encore « la mère de Junior », en référence à mon cadet, comme aimaient le dire nos voisines de Yaoundé. Ma mère est une femme qui dépasse de loin le qualificatif d’exceptionnelle. Elle a dû, retrousser ses manches afin d’offrir à mes deux sœurs aînées et à moi-même une éducation digne. Durant de longues années, elle a été une « Maman-papa » avant l’arrivée de celui que j’appelle aujourd'hui affectueusement « Dady », et mes deux cadets.

Durant cette période de monoparentalité, elle dormait à peine cinq heures de temps par jour. Contrainte de cumuler deux emplois, elle se battait sans relâche pour que le petit Allan que j’étais, ainsi que ses deux filles, puissent aller à l’école dans des conditions décentes. Elle était à la fois la mère, le père et même le répétiteur, jusqu’au jour où mon oncle, Ecclésiaste Deudjui, décida de lui prêter main-forte et m’inculqua, peut-être sans le savoir, le goût de l’écriture.

Ce qui m'a le plus marqué à cette époque, c’est que je ne l’ai jamais vue se plaindre. Bien au contraire, elle souriait dès que l’occasion se présentait, malgré les innombrables frayeurs que j’ai pu lui infliger ( j'ai failli être sa cause d'un AVC ) car oui je n’ai jamais caché que j’étais un enfant assez turbulent. En dépit de mes écarts, de mes fugues, de mes fautes et de mes déceptions, elle reste aujourd’hui encore la première personne que j’appelle lorsque j’ai besoin d’un soutien, qu’il soit émotionnel, financier ou moral.

À vrai dire, je demande chaque jour à Dieu de placer sur mon chemin une femme qui serait le reflet fidèle de ma mère. Jusqu’ici, je n’ai jamais vu une femme aussi forte, aussi honnête et aussi loyale, tant en affaires qu’en amour. Il m’est d’ailleurs inconcevable d’envisager une union durable sans une véritable harmonie entre ma future épouse et celle qui m’a donné la vie.

Il était une fois, ma Grand-mère 

Christian Deutou et sa défunte Grand-mère 
Christian Deutou et sa défunte Grand-mère 
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Tchaffi Esther. Tel était son nom. Elle était la mère de ma mère, mais pour moi, elle incarnait bien plus encore.  Elle fut ma figure paternelle, la seconde personne à qui je pouvais me confier sans la moindre retenue. Elle a eu une influence réelle sur ma personnalité.

C’est elle qui m’a enseigné la bienséance. Grâce à elle, je sais me tenir à table, débarrasser spontanément après un repas, et dire « s’il vous plaît », même lorsque je paie pour un service. Elle possédait un sens de l’ordre et de la rigueur hors du commun. Mon frère… je ne saurais compter le nombre de coups de spatule que j’ai reçus pour m’être levé sans faire mon lit, pour avoir oublié d’ouvrir une fenêtre ou d’éteindre la lumière d’une pièce.

Je lui dois également une grande part de ma culture générale. À chaque séjour de vacances chez elle, j’étais tenu de regarder TF1, France 24 ou Trace Sport Stars. Les novelas TV et Trace Urban, avec les scènes indécentes, étaient strictement proscrites. C'était une grande passionnée de sport, elle n’hésita jamais à m’accompagner dans ce qui fut jadis mon rêve de devenir footballeur professionnel. Et même lorsque j’abandonnai, elle ne cessait de me répéter : « Même si je ne suis plus là, je veux qu’un de mes descendants soit un sportif à l’échelle internationale. »

Il sera une fois, moi 

Christian Deutou et ses deux neveux.
Christian Deutou et ses deux neveux.

Il viendra certainement le jour où je ne serai plus le petit « Allanou », comme m’appelle encore ma grande-tante. Viendra le jour où je serai pleinement M. Christian Deutou, et où une femme portera ce nom avec fierté. Elle devra comprendre mon attachement profond, presque viscéral, aux femmes car j’ai grandi entouré exclusivement de leur amour. Donc qu'elle ne s'étonne pas si je deviens collant parfois envers elle ou que j'ai besoin qu'elle me dorlote comme mes ascendantes.

Ma mère fut mon seul parent. Ma grand-mère suppléa l’absence de mon père. Mes tantes maternelles assumèrent tour à tour les rôles de tonton et de tante, car dans ma famille, les femmes sont majoritaires.

Il sera une fois moi, où je deviendrai un modèle de réussite pour mes cadets, un pilier de confiance pour mes sœurs aînées, le « couso » respecté de mes cousins, et surtout celui qui inspirera sa progéniture et incarnera l’époux que ma future femme aura toujours rêvé d’avoir.

Christian Deutou : « Ceci est un extrait de mon livre "Ça aurait pu être moi" qui sera publié probablement le jour de mort »

Article publié sur www.wutsi.com/@/leswandaseries