Elle s’appelait Alice mais ne venait pas du pays des merveilles
Elle s’appelait Alice, Mais nul lapin blanc ne guidait ses pas, Pas de pays des merveilles, Seulement des rues chaudes, du béton, Et Douala comme trône et comme croix.
Douala, cette ville des promesses fragmentées,Où la fidélité se conjugue au pluriel, Où la plus loyale des filles Compte trois Camerounais Et un mbenguiste dans son ciel.
Elle avait pourtant l’âme claire, Une pureté qui résistait à l’air, Mais notre Cameroun apprend très Tôt que l’amour sérieux fait peur, Et que le bad-boy rassure plus que l’homme droit.
Entre les bras sombres de mon ami Herman,Et les projets nobles de mon oncle Ecclésiaste, Son cœur choisissait l’armure Plutôt que la promesse chaste.
Contre toute attente, j’ai perdu Alice, Magnifique Camerounaise aux silences précis. Les raisons ? Floues comme l’aube sans soleil, Mais je sais que son Passé avait griffé son sommeil.
Elle portait des blessures invisibles, Plus lourdes que le sang ou la chair, Un amour ancien mal Guéri avait saboté sa manière d’espérer.
Un traumatisme, discret mais souverain, Avait redessiné sa foi en demain, Altéré la confiance, aiguisé la veille,Fait de chaque sentiment Un potentiel réveil de merveille… ou de cercueil.
Oui, elle a été brisée, Sans cris, sans éclats, sans scène, Juste un cœur devenu prudentDans un monde trop incertain.
Son passé fut tumultueux, Son présent, silencieux, Son cœur échaudé par la douleurS’était replié, non par froideur, Mais par instinct de survie, par peur.
Elle n’était pas indifférente à l’amour, Non, mille fois non, Elle était seulement prisonnière D’une vigilance devenue maison.
Même moi, même mon psy, Le docteur Floren rencontré sur Facebook,N’avons su comprendre comment, si jeune, Elle portait une armure si Lourde forgée par la peur de l’irrévocable.
Pas encore un quart de siècle vécu, Et déjà tant de batailles perdues.
Oui… elle a peut-être eu tort.
Je me lamente encore d’avoir perdu Alice, Non par incompatibilité, ni par caprice. Ce n’est pas parce que je m’appelle Deutou Christian, Ni parce que mes mots séduisent sans plan.
La rupture est née de sa prudence extrême, Cette vertu qui protège mais qui saigne. Elle fermait son esprit à la confession, Voyait l’amour comme une simple sensation, Sans jamais lui Permettre de plonger, de s’enraciner, de durer.
La méfiance devint son mode de vie, Érigeant des murs là Où des ponts criaient : « Construis ! »
Elle s’appelait Alice, Et ne venait toujours pas du pays des merveilles. Elle venait de Douala, Cette ville rude et Réel où l’on choisit la peur plutôt que l’idéal.
Je l’appelais le miel, Car elle sucrant mes jours, Colorant mes nuits, Me rendant triste, joyeux, furieux, vivant, Sans jamais me laisser indifférent.
Elle eut accès à mes émotions, Rare privilège dans ce monde d’hommes forts, Même si la Réciprocité semblait parfois morte.
Je l’appelais ma femme, Car mon amour n’était ni mirage ni drame, Mais une présence fidèle, constante, engagée, Un amour sans précipitation, sans perfection, Qui demandait Seulement la chance d’être pleinement aimé.
Christian Deutou« je me suis essayé à la poésie.»
Article publié sur www.wutsi.com/@/leswandaseries