Cynthia Fianga : prisonnière ou victime innocente ?

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Christelle Atangana (alais Cynthia Fianga) est une jeune fille camerounaise comme les autres. Source: camerounactuel.com /Image reprise sous autorisation
Christelle Atangana (alais Cynthia Fianga) est une jeune fille camerounaise comme les autres. Source: camerounactuel.com /Image reprise sous autorisation

 

Vous êtes certainement au courant de l’arrestation de Cynthia Fianga, la jeune influen-suceuse camerounaise qui s’est fait connaître sur internet grâce à ses ébats sexuels. Mais vous ignorez que sa maman a pleuré lors de son interpellation, lorsque deux policiers sont venus la chercher à domicile pour lui signifier sa convocation devant le juge.
La jeune fille a été saisie par le procureur de la République, lequel lui a collé trois chefs d’accusation : outrage public à la pudeur, outrage public aux bonnes mœurs et publications obscènes. Autant de délits réprimés par les articles 263, 264 et 265 de notre nouveau Code de procédure pénale.

En réalité, Cynthia Fianga n’est pas à proprement parler une criminelle. Son transfert à la prison centrale de Kondengui s’apparente davantage à une opération de communication gouvernementale, qu’à une répression républicaine sur un acte de brigandage. Car de mon point de vue, la jeune demoiselle a surtout été incarcérée pour servir de leçon aux autres jeunes Camerounaises qui seraient tentées de l’imiter. Mais alors, devait-on forcément faire d’elle une sorte de chèvre-émissaire ?

L’arrestation de Cynthia Fianga représente, de mon point de vue, une fuite en avant. Déjà qu’elle favorise la thèse du deux poids, deux mesures, puisque Gaëlle Enganamouit s’était retrouvée dans les mêmes draps et pourtant elle n’avait pas été interpellée pour autant. On peut aussi parler de Malicka, de Koah, de Emilia, de Bonita, et j’en passe ! Comme pour dire que notre Justice s’attaquerait uniquement aux plus vulnérables, et qu’elle protégerait les plus riches et les plus forts ?

Une chose est certaine, Christelle Atangana alias Cynthia Fianga n’est pas une sainte-nitouche. Elle est au moins coupable d’assumer sa nudité en public, de diffuser elle-même ses vidéos, de déclarer officiellement qu’elle souhaiterait débuter une carrière dans l’industrie du porno, et de faire du chantage à ses clients, puisqu’en réalité elle est officieusement une nouvelle espèce de prostituée.
J’ajouterai aussi qu’elle est irrévérencieuse, qu’elle manque de respect à ses parents qui se battent pourtant pour lui donner un minimum d’éducation, et qu’elle est prête à tout pour ressembler à nos porty-potteuses qui sont animalisées là-bas à Dubaï.

Par contre, il s’agit quand même d’une petite fille. Et même si son âge n’explique pas tout, il demande d’essayer de la comprendre. C’est quoi cette société où, au lieu de corriger, on condamne ? C’est quoi cette administration où, au lieu de redresser, on vilipende ? C’est quoi c’cette Injustice qui veut que les plus dangereux soient en liberté, tandis que les plus inoffensifs soient ceux-là qui sont les plus pourchassés et les plus persécutés ?

 

La maman de Cynthia Fianga (à gauche) est passée dans une émission télévisée pour défendre sa famille. Capture: camerounactuel.com /CC-BY
La maman de Cynthia Fianga (à gauche) est passée dans une émission télévisée pour défendre sa famille. Capture: camerounactuel.com /CC-BY

 

La place de Cynthia Fianga n’est pas en prison, mais dans un hôpital psychiatrique. Elle a besoin de soins mentaux approfondis, à l’issue desquels elle aurait certainement besoin aussi d’une consultation avec un psychologue.
La vie de cette pauvre fille a basculé à cause de notre environnement de perversité, de voyeurisme et d’argent facile. Elle n’est que le reflet de toutes nos adolescentes qui possèdent déjà leurs propres sextapes dans leur téléphone portable. Elle est le produit de cet environnement qui valorise les jet-setteuses, et qui dévalorise les travailleuses. Elle ne représente qu’une infime partie de notre miroir qui fait des intellectuels des zéros, et qui pousse au firmament la pornographie dans toutes les dimensions de notre société : musique, art, culture, sport, internet, show-biz, mode, télévision, etc.

Dans un pays normal, cette jeune fille devait être encadrée et suivie au lieu d’être jetée aux gémonies. Dans une civilisation respectable, des campagnes de sensibilisation et d’éducation devaient être menées, à l’endroit de la jeune fille camerounaise et de l’utilisation qu’elle fait des réseaux sociaux. Dans une société vertueuse, les personnalités qu’on érige en modèle devaient être des personnes avec des principes moraux rigides, avec des valeurs intransigeantes et avec une respectabilité et une honorabilité inégalables.

Mais non, nous avons plutôt choisi de naviguer dans la boue et dans la gadoue. Et lorsqu’une jeune fille se perd malencontreusement comme Cynthia Fianga, on lui coupe la tête tout simplement. Alors qu’elle est le produit d’un système qui a méticuleusement participé à sa fabrication...

 

Ecclésiaste Deudjui

(+237) 696.469.637

Article publié sur wutsi.com/@/clesh7

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