La question du farotage

By Ecclésiaste DEUDJUI
3 Minutes
La chanteuse camerounaise Daphné est régulièrement farotée lors de ses spectacles. Source: YouTube /Image reprise sous autorisation
La chanteuse camerounaise Daphné est régulièrement farotée lors de ses spectacles. Source: YouTube /Image reprise sous autorisation

 

Hier j’ai regardé une émission dans laquelle Cabrel Nanjip, humoriste camerounais, prestait devant le public de Douala Bercy. Mais au lieu de m’esclaffer, j’étais plutôt mal à la l’aise par la gêne qu’il occasionnait. Il a interpellé Mintumba, Muriel Banche et Poupy, pour leur demander de venir lui donner de l’argent. Il a même harponné les autres spectateurs en consacrant plus de la moitié de son spectacle au « grattage », et moi j’étais vraiment gêné de voir quelqu’un qui est monté sur scène pour faire rire, consacrer la majeure partie de son « spectacle » à se courber pour ramasser l’argent que les gens jetaient par terre...

Je sais, le farotage existe depuis la nuit des temps. Au Cameroun hein, je précise. Parce que c’est une pratique qui n’est pas très à la mode dans les pays développés, ou du moins elle l’est sous des formes plus élégantes et plus respectueuses. Déjà parce que les artistes y gagnent mieux leur vie, et aussi parce que quelqu’un qui monte sur scène est censé représenter une idole, une icône, un modèle. À la limite, c’est même lui qui devrait nous donner de l’argent...

Donc, le farotage est devenu une pratique si courante dans notre société, qu’il est devenu la raison principale pour laquelle certains humoristes et musiciens acceptent de prester. Savez-vous qu’il y a des comédiens qui se produisent dans certains mariages sans aucun contrat, mais avec l’unique espoir qu’ils se rempliront les poches exclusivement grâce au farotage ? Savez-vous que certains comédiens mettent les invités tellement mal à l’aise, parce qu’ils consacrent leur spectacle essentiellement au grattage, au lieu de se préoccuper à faire rire le public ? Savez-vous que certains disc-jockeys ne sont pas en reste, et qu’ils ont déjà des beats tout arrangés et dont l’objectif ultime est d’humilier les personnalités, afin de les obliger à sortir de l’argent ?

Je trouve que cette pratique est déshonorante, et qu’elle n’anoblit pas du tout les intermittents qui montent sur le podium. Je pense que beaucoup de gens qui viennent sur scène pour faroter, généralement ils veulent juste se faire voir ! Les filles veulent montrer au public leur nouvelle robe ou nouvelle coiffure, et les hommes veulent démontrer à leurs accompagnatrices qu’ils ne sont pas n’importe qui.
D’un autre côté, le fait de demander de l’argent pour un artiste en pleine prestation, le rend quelque peu ridicule. On aura beau rire, vous donner les mille-mille francs pendant que vous tenez encore le micro, mais on vous déconsidèrera considérablement. Un humoriste chevronné doit avoir de la hauteur, et garder de la distance. Un interprète de talent a déjà reçu un cachet conséquent qui lui permettra de se concentrer uniquement sur sa prestation. Car ce phénomène est déjà devenu une banalité lors de toutes nos cérémonies, mais en réalité il ne s’agit ni plus ni moins que de la mendicité !

Chers artistes, travaillez à redorer votre image et à perfectionner vos œuvres artistiques. Lorsque vous serez plus doués, vous jouerez à guichets fermés dans les plus grandes salles de spectacle du monde. Voilà comment on peut vous aider, si quelqu’un vous apprécie réellement. Le vrai farotage ne consiste pas à venir introduire de vieux billets déchirés dans votre chemise, mais à vous faire un chèque ou bien un virement à l’issue de votre belle prestation.
Et puis, si quelqu’un veut vraiment vous aider, il peut vous produire, il peut vous manager, il peut vous fournir du matériel de travail, il peut également vous conseiller. C’est plutôt ce genre de farotage que vous devez rechercher afin de faire progresser votre carrière.
Vous n’êtes pas des griots !

 

Ecclésiaste Deudjui

(+237) 696.469.637

doualatour@yahoo.fr

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