Brice Oligui Nguema, un putschiste adoubé par Paul Biya

Ecclésiaste DEUDJUI
Dec 6, 2023 - 4 Minutes
Le général Brice Oligui Ngema (en rouge) reçu par le président camerounais Paul Biya, ce mercredi 6décembre 2023. Source: mondafrique.com /CC-BY
Le général Brice Oligui Ngema (en rouge) reçu par le président camerounais Paul Biya, ce mercredi 6décembre 2023. Source: mondafrique.com /CC-BY

 

Ce mercredi 6 décembre 2023, le président gabonais Brice Oligui Nguema, a été reçu en audience personnelle par le chef de l’Etat du Cameroun, son excellence Paul Biya.
Cette visite était dans les coulisses depuis belle lurette, même si elle tardait à se réaliser. On a supposé que ce retard était dû aux atermoiements du président camerounais, qui ne voulait pas légitimer définitivement l’intronisation de son nouvel homologue de général...
Quoi qu’il en soit, Oligui Nguema Clotaire, depuis son putsch du 31 août, avait déjà fait le tour de la sous-région. Il a été reçu par les présidents équato-guinéen, congolais, tchadien, centrafricain, nigérien, angolais, etc. Il a essayé de se faire accepter de par toutes les communautés sous-régionales, et ses déplacements ont été relativement remarqués voire remarquables. Sauf qu’il n’était pas encore arrivé à la « rivière des crevettes »...

Pour rappel, Brice Oligui Nguema n’est pas un président comme les autres. Il s’agit d’un militaire haut gradé, qui a longuement servi la famille Bongo plénipotentiaire au Gabon ; d’ailleurs il a servi le père comme aide de camp, et il a également servi le fils à travers plusieurs fonctions importantes. C’est d’ailleurs ce même fils, le sieur Ali Bongo, qu’il a renversé dans la nuit du 30 au 31 août 2023. Alors que le président sortant avait manifestement tripatouillé les élections pour annoncer sa victoire, les militaires ont mis un terme brutal au processus électoral. Quelques minutes seulement après la proclamation de la « victoire » d’un Bongo hémiplégique, Oligui Nguema a annulé tout le scrutin, puis dissout l’ensemble des institutions de la République gabonaise. Il s’est ensuite adjugé le pouvoir suprême, sans aucune autre forme de démocratie...

En somme, il s’agit là d’un putschiste, et c’est pour cela que Paul Biya a longuement hésité avant de le recevoir. Cela enverrait un message subliminal, vu que le Gabon et le Cameroun sont deux pays très similaires. D’ailleurs notre ministre de la communication, René Emmanuel Sadi, était monté au créneau pour interdire les débats télévisés ayant trait à l’apologie des coups d’Etat. Il avait alors argué que le Cameroun n’était pas le Gabon, et pourtant nous observons bien que les mêmes causes qui ont conduit à ce renversement, se retrouvent quasi-intégralement —et même pire— à l’intérieur de notre si précieux Triangle national.

 

Brice Oligui Nguema avait renversé le président Ali Bongo, le 31 août dernier. Source: depeches241.com /CC-BY
Brice Oligui Nguema avait renversé le président Ali Bongo, le 31 août dernier. Source: depeches241.com /CC-BY
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Et donc Paul Biya avait remanié quelques généraux, lui qui souhaite conserver son pouvoir ad vitam aeternam. Car en adoubant un militaire, il aurait donné des idées à sa garde rapprochée. Surtout que Oligui Nguema a été salué par le peuple gabonais, ce qui ne serait pas non plus impossible si de tels événements venaient à se reproduire ici au Cameroun.

Dans la foulée, Oligui Nguema avait immédiatement prêté serment, au lieu de rendre le pouvoir au réel vainqueur des élections. Il a promis d’instaurer une période de transition, mais sans en définir la durée. Il semble plutôt se plaire au pouvoir, lui qui a fait enfermer le fils d’Ali Bongo, Noureddine, et interroger la femme de ce dernier, Sylvia Bongo. On dirait plutôt un général plus à l’aise dans ses nouvelles fonctions, et qui ne compte pas s’en dessaisir de si tôt. D’ailleurs c’est avec sa tenue militaire et ses différentes distinctions qu’il a fait le tour de l’Afrique, et qu’il reçoit les chanceliers étrangers dans son luxueux palais, les rassurant qu’il allait personnellement veiller à protéger tous leurs intérêts.

Paul Biya a adoubé un putschiste. Mais à y bien regarder, qu’est-ce qui peut bien nous y surprendre ? Car sur l’ensemble des chefs d’Etat de la sous-région Afrique centrale, aucun président n’a accédé au pouvoir par des formes purement démocratiques : Paul Biya é été désigné par Ahidjo, Oligui Nguema a réalisé un coup militaire, Theodoro Obiang Nguema a effectué un renversement, Mahamat Idriss Déby a succédé à son père alors qu’il n’était pas prévu par la Constitution tchadienne, etc.

Nous sommes dans un environnement de longévicratie et de torture des accessits complètement démocratiques. Paul Biya a officiellement reçu Oligui Nguema ce mercredi 6 décembre 2023, dans son palace d’Etoudi, et ce dernier arborait fièrement ses oripeaux militaires. Ils ont échangé pendant une quarantaine de minutes, puis l’étranger gabonais s’en est reparti avec la certitude de faire désormais partie du cercle des dinosaures.

Pour l’image, cela semblait légitimer les coups de force militaires. Surtout que Paul Biya avait adopté le fils Bongo comme un enfant propre, celui-là même qui était le successeur de son ami Omar Bongo, président du Gabon de 1967 à 2009, année de sa disparition.
Mais le président camerounais a plus d’un tour dans sac ; et il sait très bien qu’à défaut de ce l’on propose, il faut souvent savoir se contenter de ce que l’environnement géostratégique nous dispose...

 

Ecclésiaste Deudjui
(+237) 696.469.637
Article publié sur wutsi.com/@/clesh7

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