L’affaire du cube dans les fesses des filles de Bafia

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Le rêve de plusieurs jeunes filles c
Le rêve de plusieurs jeunes filles c'est d'avoir de grosses fesses. Source: ladepeche.fr /Image reprise sous autorisation

 

Il y a exactement une semaine, trois élèves de Bafia ont tenté une expérience qu’elles ne seront pas bientôt prêtes de recommencer. En effet, pour se faire grossir le postérieur, les trois adolescentes (âgées de 14 à 18 ans) ont décidé de se faire injecter une potion « magique » dans les fesses. Elles ont par la suite développé des douleurs dans plusieurs parties du corps, ne cessant de se tordre de douleur ; avant que leur entourage décide finalement de les emmener à l’hôpital, et qu’il soit avéré urgent de procéder immédiatement à une opération chirurgicale...

Ce qui s’est passé à Bafia, c’est devenu un phénomène national ! Sous-régional même, si j’ose dire, puisque les première composions magiques pour se faire grossir le postérieur sont répertoriées au Congo Brazzaville.

Les filles de Bafia sont deux jeunes filles du lycée technique de Bafia Lambata, et leur acolyte est une future pré-bachelière qui fréquente au lycée classique de Bafia. C’est d’ailleurs cette dernière, plus âgée que les deux autres, qui s’est muée en conseillère spécialisée en transformations esthétiques. Elle a composé son mélange de cube Maggi avec un peu d’eau du robinet, puis elle a utilisé une seringue pour s’auto-injecter cette solution chimique dans son propre postérieur.
Par la suite, elle a joué les infirmières avec ses deux amies, leur administrant le même type d’injection avec la même seringue. Elle leur a même promis qu’elles deviendraient rapidement callipyges voire stéatopyges comme les sœurs Kardashian...

J’ai voulu parler de ce sujet parce que je le remarque tous les jours ici à Douala. Quand tu observes deux adolescentes qui discutent entre elles, elles sont généralement en train de se comparer les fessiers. Les jeunes filles d’aujourd’hui accordent une importance inimaginable à leur apparence physique, et je peux même m’avancer en disant que cela est devenu leur priorité absolue.

Deux exemples :
1°) Quand une fille de Douala s’habille avec un pantalon moulant ou bien un collant près du corps, elle passe le temps à relever son t-shirt ou sa chemise sur le bas de son dos ; afin que ses fesses puissent rester bien visibles et que les éventuels prétendants puissent contempler leur rotondité.
2°) Sur les statuts de beaucoup de filles, ce sont les fesses qui sont mises en valeur. Elles essaient toujours de montrer qu’elles ont du répondant sur le plan de la plastique, d’ailleurs parfois elles se filment de profil pour faire ressortir ces sinuosités. Elles font systématiquement un focus sur cette partie de leur corps lorsqu’elles font des photos. Afin, probablement, qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la qualité voire les disproportions de leur extraordinaire matériel...

Bref, ça rejoint ce que je dis tout le temps, que nous sommes dans une société du paraître. Un environnement d’apparence et un miroir aux esthétiques. Les filles de mon pays ne rêvent plus d’être intelligentes ni brillantes, elles rêvent d’avoir de grosses fesses ! Elles ont bien compris que nos hommes sont des hypocrites qui font semblant d’aimer les valeurs et les vertus comportementales de la femme africaine, mais au final, ils dépensent toujours tout leur argent sur ces femmes surmaquillées qui leur offrent diverses rondeurs.

Dieu merci, les filles de Bafia vont déjà médicalement mieux. Leur pronostic vital n’est plus engagé. Le cube mélangé qu’elles se sont injecté a causé des dégâts considérables au niveau de leur fessier, provoquant même des abcès et des débuts de lésions organiques. Mais fort heureusement, elles sont sous traitement et tout semble aller de mieux en mieux.

 

Une place de la ville de Bafia, dans le département du Mbam. Source: griote.tv /CC
Une place de la ville de Bafia, dans le département du Mbam. Source: griote.tv /CC

 

Il faut simplement rappeler aux autres filles camerounaises, celles qui les imitent déjà ou celles qui rêvent encore de faire comme elles, que le cube en lui-même est déjà un véritable danger pour l’organisme. Il est composé de plusieurs ingrédients dangereux tels que le sel iodé, le clou de girofle, l’oignon, l’amidon de maïs, la lécithine de soja, le glutamate monosodique qui est particulièrement très inquiétant, etc. En plus lorsque cela est administré à un endroit (les fesses) qui ne lui est pas approprié, le cube peut provoquer des arrêts cardiaques, des problèmes pulmonaires, intestinaux et j’en passe !
Pour celles qui l’utiliseraient en suppositoire, les dangers ne sont pas moindres. La concentration élevée de sel dans le cube peut provoquer des fissures sur la paroi interne de l’anus, et des germes pathogènes profiteront ensuite pour s’infiltrer dans l’organisme à travers ces microfissures. Cela peut entraîner des problèmes vaginaux, l’incontinence, les troubles uro-génitaux, les hémorroïdes et autres nombreux soucis de santé...

Il est urgent que les parents se reprennent en main, et qu’ils surveillent leurs enfants dans l’évolution de leur personnalité, en veillant également sur les réelles préoccupations de ces derniers. Il est aussi temps que nous revisitions les modèles que nous érigeons dans notre société, et quelles sont les véritables valeurs que ceux-ci renvoient à notre jeunesse qui les admire via les réseaux sociaux.
L’utilisation du cube pour grossir les fesses n’est que le reflet d’une société hyper sexualisée, où des adolescentes font de la chirurgie esthétique pour se trouver un mari qui pourra se servir régulièrement de leur corps. Elles gagneront ainsi de l’argent assez facilement, sans réellement travailler, mais en se vendant de façon quasi-professionnelle.
Parce que le mariage tout comme le grossissement des fesses ou des seins, ne sont ni plus ni moins qu'une nouvelle forme de prostitution qui a émergé ici au Cameroun...

 

Ecclésiaste Deudjui

(+237) 696.469.637

Article publié sur wutsi.com/@/clesh7

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