Panique microbienne à Douala !

By Ecclésiaste DEUDJUI
5 Minutes
Les habitants de Douala étaient sur le qui-vive, dans la soirée du mardi 13 décembre 2022. Source: camerounactuel.com /CC-BY
Les habitants de Douala étaient sur le qui-vive, dans la soirée du mardi 13 décembre 2022. Source: camerounactuel.com /CC-BY

 

Ce mardi 13 décembre, la ville de Douala a été prise en otage par une bande de délinquants. Les gens se sont mis à courir dans tous les sens, et une panique généralisée s’est emparée de toute l’agglomération. Mais que s’est-il passé réellement ?

Déjà, le phénomène a été attribué aux « microbes ». Il s’agit de bandes de jeunes désœuvrés des quartiers difficiles, qui s’organisent occasionnellement pour mener des rackets  à travers les principales artères de la ville de Douala. Ces jeunes, qui sont souvent âgés de quatorze ans jusqu’à vingt-quatre ans, se baladent dans les rues armés de machettes et de couteaux, causant des agressions et des pillages tout au long de leur passage.

Pour hier, les conséquences ont été dramatiques ! Aux environs de 17 heures et ce jusqu’à 23 heures, les habitants de la capitale économiques étaient animés par la panique générale. Une rumeur selon laquelle les microbes seraient dehors, s’est vite répandue et tout le monde a commencé à prendre la poudre d’escampette ! Les magasins se sont barricadés, les supermarchés se sont séquestrés et les petits quincaillers ont rapidement fait de verrouiller leurs conteneurs, avant de déguerpir le plus rapidement possible...

En réalité, on n’a presque jamais vu la ville de Douala dans cet état, si ce n’est pendant les villes mortes de 1991, ou encore les émeutes de la faim en février 2008. La peur pouvait se lire sur tous les visages, c’était le sauve-qui-peut. Chaque citoyen appelait ses proches pour leur demander de rentrer se sécuriser à leur domicile, et la rumeur s’est vite répandue dans tous les grands quartiers de la ville de Douala.
Sur les statuts WhatsApp, on avait l’impression de suivre en direct l’évolution de ces microbes. Un peu comme une épidémie, on nous annonçait qu’ils étaient déjà à Ange-Raphaël, ensuite à Déido, ensuite à Makèpè, Logbessou, Cité des palmiers, Dakar, Village et que sais-je encore !

La vérité est que cette réaction des populations, elle a été disproportionnée. Car s’il est bien vrai que quelques microbes (une quarantaine) étaient effectivement de sortie aux abords du quartier New-Bell, cette nouvelle a été amplifiée et ventilée par une dizaine de bendskineurs tous habillés de la même manière, et qui circulaient dans toute la ville pour faire peur aux populations, et pour leur demander de tout abandonner et de rentrer immédiatement à la maison pour se protéger.

Résultat : dans la panique générale, des gens ont perdu leurs téléphones, leurs marchandises, leur porte-monnaie, leurs objets de valeur, leur moto, leur voiture. Tout le monde courait dans tous les sens sans s’interroger sur la provenance réelle du danger. Et pourtant au final, il n’y avait rien !

Il se passe que dans ce vent de désordre public, de vrais brigands et des opportunistes malveillants se sont glissés dans la foule afin de commettre leurs forfaits. Puisque tout le monde courait dans tous les sens, et que la Police était débordée, et que les populations elles-mêmes semblaient ne pas être disposées à prendre en main leur propre défense, le champ était donc libre. Des gens entraient dans des boutiques pour se servir, pour piller, pour dévaliser. Les agresseurs ont profité de cette aubaine pour dépouiller quelques malchanceux, et pour se constituer un butin dont ils pourront jouir en toute impunité.
J’ai même aperçu des policiers qui étaient stupéfaits, tellement ils ne comprenaient pas cette situation capharnaümesque. Ils se chuchotaient entre eux qu’il n’y avait rien, mais ils étaient interloqués devant tant de débandade pour une population de 3,5 millions d’habitants, contre de simples petits microbes qui ne représentent même pas une centaine d’adolescents...

 

Les rues de Douala se sont vidées dès l
Les rues de Douala se sont vidées dès l'annonce de l'arrivée des microbes. Source: radarpress.net /CC-BY

 

Décryptage

En fait, il s’agit d’une ambiance de psychose générale, qui habite en chacun des habitants de Douala. Nous traversons une période d’incertitude dans laquelle nous naviguons à vue, sans avoir la moindre idée de ce que nous réservera le lendemain.
Le président de la République est plus proche de la fin de son règne que du début, et les supputations vont bon train sur le déroulement de la transition ; ou alors sur la possibilité réelle d’une véritable alternance politique. Entre-temps les prix sont devenus chers sur le marché. Les impôts ne font que s’incrémenter tandis que les salaires stagnent, lorsqu’ils ne sont pas revus à la baisse. Le timbre fiscal augmente de 50 %, la vignette de 100 %, le prix de la visite technique grimpe en flèche, ainsi de suite. Nous sommes dans une atmosphère d’étouffement qui va inéluctablement s’avérer suffocante, et, même si les Camerounais font semblant de ne rien voir, nous vivons sur le qui-vive, dans la peur constante et perpétuelle mais surtout dans une angoisse incommensurable.
N’oublions pas que le pays est gangréné par la guerre au No-So et par des attaques terroristes à l’Extrême-Nord. Donc inconsciemment ou pas, les Camerounais vivent dans la terreur que ces effusions de sang pourraient un jour se propager dans nos belles cités économiques que sont Yaoundé et Douala...

Une fois que j’ai dit cela, il faut reconnaître que ce phénomène de microbes, c’est un véritable problème de sécurité publique ci à Douala. Ces jeunes délinquants agissent en toute impunité, braquant et agressant d’honnêtes citoyens en plein jour, et leur assenant parfois des coups et des blessures mortelles.
Les microbes sont la conséquence d’une politique d’encadrement des jeunes déficiente, d’autant plus que ces enfants sont la plupart du temps déscolarisés voire désocialisés. Ils s’adonnent à la drogue comme un refuge, ils se rassemblent dans des gangs comme une nouvelle famille, ils commencent par de petits banditismes pour finalement devenir des assassins, tout ceci sous le regard complice de leurs parents qui les protègent et qui les encouragent à devenir encore beaucoup plus violents.

Mais il faut aussi éduquer nos populations à savoir réagir en cas de panique. Car beaucoup de gens se sont blessés hier en courant, sans même savoir pourquoi ils couraient. Des gens se sont mis à appeler dans tous les sens et à contribuer à propager la terreur, alors que eux-mêmes ils n’avaient rien vu de leurs propres yeux. Le climat de tension sociale que nous vivons ne doit pas nous empêcher de vivre sereinement, car nous avons encore des policiers, des militaires et des gendarmes qui sont pleinement à mesure de restaurer et de maintenir l’ordre public.
Disons donc que ce qui s’est passé hier à Douala était une invasion microbienne, car toute la population est tombée malade et pourtant personne n’avait mis les yeux sur les véritables agents infectieux...

 

Ecclésiaste Deudjui

(+237) 696.469.637

Article publié sur wutsi.com/@/clesh7

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