Enterrements express

By Ecclésiaste DEUDJUI
2 Minutes
Enterrement d
Enterrement d'une victime d'Ebola à Beni. Source: 4dpouvoir.cd /CC

Posons-nous les bonnes questions : qui veut-on protéger ? Qui veut-on imiter ? N’y avait-il pas un moyen de procéder différemment ? Je pose des questions rébarbatives à propos des enterrements express auxquels on assiste depuis que Son Excellence, Monsieur le Coronavirus, a élu domicile au sein du Triangle national camerounais.

La vérité est que d’une crise sanitaire, nous sommes en train de passer à une crise sociologique d’une ampleur presque effrayante. On est même déjà dans une transition philosophique et métaphysique depuis l’arrivée du covid-19 (les académiciens disent plutôt LA covid, mais bon !), puisque les familles endeuillées n’ont plus le droit de voir leur cadavre, de transporter leur cadavre, d’enterrer leur cadavre au plus près de la terre de leurs ancêtres, etc.

Il ne s’agit pas spécifiquement d’une question bamiléké comme j’ai entendu certains dire. Il s’agit d’un problème bantou. Car dans nos cultures séculaires, les morts devraient être célébrés de façon mémorable avant leur inhumation et leur voyage vers l’outre-tombe, comme une sorte d’adieu mystique qui préserverait leurs liens de cohabitation avec les vivants. Alors dans ma naïveté je me demande : pourquoi les morts de covid-19 ne bénéficient-ils pas de telles funérailles, puisque selon les « normes sanitaires internationales » on doit les enterrer dans les heures qui suivent, et dans le cimetière le plus proche ?

Je ne vous raconte pas que ces dispositions mal adaptées de ce qui se fait ailleurs (en Occident, puisque c’est de là que nous copions maladroitement tout), a déjà causé des tensions d’incompréhension entre les différentes familles affligées, et les personnels médicaux concernés. J’en veux pour preuve les exhumations nombreuses auxquelles nous assistons ces temps derniers, avec des re-saisies des cadavres par la Gendarmerie nationale, des emprisonnements des coupables, et immédiatement des ré-enterrements.

Pourquoi en est-on en arrivés là ? Est-ce parce que les cadavres sont hyper contagieux ? Est-ce parce qu’on a peur des attroupements lors des cérémonies d’enterrements ? Est-ce parce qu’il s’est tissé un business juteux autour du trafic de ces dépouilles ? Ou pire, de leurs organes ? Je refuse de penser que dans un cercueil bien zingué et dans un linceul bien désinfecté, on ne puisse pas rendre le macchabée non seulement non contaminant, mais en sus non manipulable. Je veux bien comprendre que la sécurité des vivants est évidemment prédominante sur toute autre forme de chose, mais il faut penser au choc psychologique que représente la perte d’un proche, et par ricochet les traumas psychologiques qui s’ensuivent.

La situation dans notre pays va de mal en pis et je pense que d’enterrer quelqu’un sans les honneurs et loin de son bercail, c’est indiscutablement une manière sadique et cynique de le tuer une deuxième fois.

Ecclésiaste Deudjui

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