Le football est-il un sport raciste ?

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Le Sénégalais Demba Ba (au centre) s
Le Sénégalais Demba Ba (au centre) s'en prend au quatrième arbitre (à gauche) pour protester contre ses propos racistes. Source: parisfans.fr /Image reprise sous autorisation

 

Les incidents d’hier soir lors du match entre le Paris Saint-Germain et le club turc de Basaksehir, ont fait ressurgir une face méconnue du racisme qui sévit dans le football international.
Pour rappel, le match a été interrompu dès la 16ème minute alors que le score était encore de 0-0. Le quatrième arbitre, le désormais très célèbre Sébastien Coltescu, un Roumain, s’en est pris au Camerounais Pierre Achille Webo (adjoint du coach stambouliote) en le traitant de « négro ». L’affaire aurait pu passer inaperçue s’il y avait eu du public dans les gradins, ou alors si le Sénégalais Demba Ba et ses coéquipiers n’avaient pas fait montre de cette force de caractère et de cette responsabilité.

Le match a donc été interrompu à la 16ème minute et reprogrammé pour ce mercredi. Ce qui interroge, c’est l’efficacité des campagnes d’antiracisme qui sont régulièrement menées par le duo FIFA-UEFA, notamment à travers de nombreux spots publicitaires, des slogans, des initiatives diverses, etc. On se rappelle même que les instances faîtières du football s’étaient associées au mouvement #BlackLivesMatter suite au décès de Georges Floyd, et que par exemple tous les matchs de Premier League débutent systématiquement par des genoux à terre...

Déjà, précisons que lorsqu’on parle de racisme dans le football, c’est très souvent du racisme anti-Noir qu’il s’agit ! Et les joueurs de tous les continents en sont généralement victimes : Brésiliens, Ivoiriens, Afro-Européens, Américains du Nord, Noirs-Arabes, etc. La matérialisation de cette stigmatisation se fait bien souvent à travers des cris de singe et des appellations vulgaires telles que « Kirikou », « Sale nègre », « Petit Noir », « Eh, le Black » et bien d’autres encore.
La réputation du joueur ni même son talent ne l’en épargnent, puisque des joueurs majestueux comme Samuel Eto’o ou encore Neymar (d’ailleurs métis) ont plusieurs fois déjà été pris à partie. Il y a même des championnats majeurs comme celui d’Italie qui se font régulièrement remarquer par ces formes de discrimination, que ce soit de la part du public ou alors via des propos insoutenables de la part de certains dirigeants de clubs.

Le football n’est pas un îlot à part et donc ne saurait s’extirper des environnements sociologiques dans lesquels il est pratiqué. Ainsi, les groupes fascistes d’Europe de l’Est qui se font passer pour des supporters, manifestent leur haine dans les stades envers les personnes de couleur noire. Il y a également des suprématistes assumés qui tolèrent les joueurs noirs en cas de victoires, et qui les ostracisent et fustigent en cas de contre-performances.

Le scénario d’hier soir est encore plus inquiétant dans la mesure où il incrimine directement le corps arbitral, lequel corps est pourtant censé prôner l’égalité et toutes les autres valeurs valorisées par l’UEFA. Alors comment comprendre que ce soit un arbitre officiel, dans un match décisif de Champions League, qui se permette d’interpeller un participant par sa couleur de peau, alors qu’il ne l’aurait jamais osé avec une personne de race blanche ?
Cela signifie simplement que le combat contre le racisme dans le monde du football, est encore vraiment très loin d’être terminé.

 

Ecclésiaste Deudjui

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