Le discours de Samuel Eto’o après le match contre le Burundi

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Samuel Eto
Samuel Eto'o s'adressant aux Lions indomptables à l'issue du match contre le Burundi (1-0). Source: actucameroun.com /CC-BY

 

Ce jeudi après-midi à Dar-Es-Salam (Tanzanie), l’équipe du Cameroun a disposé du Burundi sur le score de 1-0, dans un match comptant pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique 2023 qui se déroulera en Côte d’Ivoire.
Personnellement j’ai regardé l’intégralité de la rencontre, et j’ai trouvé nos Lions indomptables plutôt intéressants. Ils ont dominé leurs adversaires de bout en bout, ils ont fait étalage de leur supériorité technique et de leur maîtrise, et surtout ils l’ont emporté par l’expérience.

Sauf qu’à la fin du match, Samuel Eto’o Fils n’était pas —du tout— du même avis ! Le président de la Fécafoot s’est fendu d’un discours à la fin de la rencontre, comme il en a désormais l’habitude. Micro fixé sur la chemisette, main gauche dans la poche de son pantalon, l’ex-goléador n’a pas mâché ses mots en fustigeant la prestation de ses poulains. Il n’y est pas allé de main morte, allant même jusqu’à les humilier directement, et affirmant que personne n’avait sa place assurée pour la Coupe du monde de novembre prochain.

Cette allocution, prononcée dans le « secret des vestiaires » mais diffusée par la Fécafoot elle-même, dérange. Elle est, à mon avis, mal venue. Tant sur le fond que sur la forme. Déjà parce que nous sommes au sortir d’une victoire à l’extérieure, quoique poussive. Ensuite parce que certains joueurs se sont admirablement distingués, à l’image de Moumi Ngamaleu. Aussi parce que Samuel Eto’o ne doit pas prendre la parole avant et après chaque match. Ensuite parce qu’il n’est pas le manager-sélectionneur des Lions indomptables. Enfin parce que le ton a été trop martial, comme s’il s’adressait à des enfants de la classe de maternelle...

La vérité est que Samuel Eto’o Fils prend trop de place. Il devrait se contenter d’occuper sa fonction de président de la fédération, au lieu de vouloir se substituer au staff technique. Lorsqu’il parle des joueurs qui ne seront pas sélectionnés au Qatar, est-ce que c’est lui le sélectionneur ? Sur quelle base se permet-il d’entrer dans les vestiaires et de se prononcer devant les joueurs à la place de Rigobert Song ? Est-il l’alpha et l’oméga de notre football camerounais, à tel point que, sans lui, rien de bon ne pourrait jamais se produire ?

Il a bien le droit d’être mécontent du jeu et de la prestation produits. Mais doit-il toujours tout ramener à lui ? « Je », « J’ai », « J’ai été », « J’ai fait ci ». Doit-il toujours leur rappeler (ou nous rappeler, à vrai dire) qu’il a l’amour du vert-rouge-jaune ? Amour auquel, d’ailleurs, il n’a aucun monopole ?

Le discours de Samuel Eto’o après le match contre le Burundi est une erreur très grave. Tant sur le fond que sur l’esprit. Il signifie que Samuel Eto’o est le propriétaire de notre sélection nationale, et que les victoires de celle-ci sont en substances ses victoires personnelles. Quand il parle de la Coupe du monde au Qatar, il parle de « sa » Coupe du monde. Il donne l’impression de revivre sa carrière terminée à travers ces jeunes enfants. Il leur met un excédent de pression sur les épaules, même s’il faut reconnaître qu’il les met dans les meilleures conditions pour les pousser à produire de bons résultats.

Sauf que la tendance risque de s’inverser, et un président qui était adulé dans la tanière sera bientôt honni voire détesté par les membres de cette même tanière. Parler ainsi à des pères de famille, devant les caméras du monde entier, est tout simplement insupportable. Et répéter à chaque fois que « Tant que je serai président de la fédération », nous rappelle qu’il y a une procédure au TAS qui peut l’y enlever à tout moment.
Samuel Eto’o est un héros pour notre football, mais il ne faudrait pas qu’il finisse par devenir, comme il l’a dit lui-même dans son discours, un véritable « salaud » !

 

 

Ecclésiaste Deudjui

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