Les binationaux dans le football : Traitres aujourd’hui, traitres demain ?

C'est lequel le bon pays ?

Par TIFOS
4 Minutes

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Munir El Haddadi (sur la balle) par Clément Bucco-Lechat - Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0
Munir El Haddadi (sur la balle) par Clément Bucco-Lechat - Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0

Il n’y a pas que dans la « vraie » vie que la notion de citoyenneté est un sujet relatif. Le sport aussi, notamment son roi, a son lot de réalités. L’appartenance à un pays y varie également en fonction de l’individu mais pas sans conséquences. Dans ce monde surexposé, qui plus est porté par les émotions, les choses peuvent très vite déraper. De zéro vous pouvez rapidement passer à héros, et vice-versa…

Tiémoué Bakayoko (en blanc) devant Wilfried Zaha par @cfcunofficial (Chelsea Debs) London from London, UK - Wikimédia Commons CC BY-SA 2.0
Tiémoué Bakayoko (en blanc) devant Wilfried Zaha par @cfcunofficial (Chelsea Debs) London from London, UK - Wikimédia Commons CC BY-SA 2.0

Que disent les statuts ?

Il y a quelques jours, lors de son 70e congrès, la Fédération Internationale de Football modifiait ses conditions d’éligibilité pour une sélection. Après plusieurs tergiversations, la FIFA a décidé de mettre fin à ce « bal » qui ne cesse de diviser le Ballon Rond. Une seule sélection en A ne suffit plus pour appartenir à une nation. Dorénavant, un footballeur pourra revenir sur sa nationalité sportive si et seulement s’il :

  • A  joué moins de 3 fois pour la première équipe
  • Était âgé de moins de 21 au moment de sa dernière sélection
  • N’a plus été appelé en sélection depuis au moins 3 ans
  • N’a pas disputé de finale de Coupe du Monde ou d’un tournoi continental (CAN, Championnat d’Europe des Nations, Ligue des Nations etc.)
Accès à la FIFA par Bic (Wikimedia Commons) 
Accès à la FIFA par Bic (Wikimedia Commons) 

Règles de base

Une refonte qui améliore l’aspect sportif de l’administration du football et diminue ses dispositions idéologiques. Certaines puissances ne pourront plus sélectionner des joueurs une seule fois, pour les lier à jamais à leurs maillots. Elles devront désormais oublier cette méthode pour garnir leur grenier.

Ceci étant, avant de jouer pour une sélection, il faudra quand même remplir certains critères. Pour freiner les naturalisations opportunistes, la FIFA va fixer des formalités définies par la notion de « lien évident » éditée par l’article 7 de l’association. Pour être éligible par une sélection, il faudra donc :

  • Être né sur le territoire de l'équipe concernée
  • Que votre mère ou père biologique soit né(e) sur le territoire de l'équipe concernée
  • Que votre grand-mère ou grand-père biologique soit né(e) sur le territoire de l'équipe concernée
  • Que vous ayez vécu pendant au moins 5 ans après avoir atteint l'âge de 18 ans sur le territoire de l'équipe concernée.
Marcel Desailly par Kirill Venediktov - Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0
Marcel Desailly par Kirill Venediktov - Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0

Maintenant oui, et après ?

À l’avenir, il revient ainsi au joueur de faire son choix. Après avoir pris acte de tous ces paragraphes, il devra choisir les lignes sur lesquelles il écrira ses lettres de noblesse. Il lui faudra prendre en compte les avis de sa personne, de sa famille, de son club et surtout des pays qui pourraient l’enrôler. Un moment difficile qui devrait forcément avoir de l’impact sur la suite de son parcours.

Que faire dans ce cas ? Les débats autour de sa sélection se multiplient à son insu. Contre son gré, il devra ignorer les uns pour favoriser les autres. Opter pour un drapeau auquel on est lié serait forcément l’idéal. Mais lequel ?

Drapeaux au siège de la FIFA par albinfo - Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0
Drapeaux au siège de la FIFA par albinfo - Wikimédia Commons CC BY-SA 3.0

Le fort contre le faible

Sud-sud, nord-nord, le choix entre deux pays du même acabit ne pose pas souvent de problèmes. Il est même toujours guidé par des valeurs louables, dénuées de toutes considérations matérialistes. La discorde autour de la double nationalité est usuellement le fait d’une querelle entre pays forts et faibles. Ces derniers estimant que leur qualité de « pauvres » leur donne le droit d’au moins jouir des fruits de leurs racines.

« Incapables » de monter une industrie de talents, ils s’en remettent à la nature pour trouver de l’espoir. Et jugent par conséquent immoral qu’on vienne leur piquer leurs fils après leurs ressources. Ont-ils raison ? Pas vraiment. Le développement est à la portée de tous. Il suffit de se mettre au travail, au lieu de compter sur la générosité des autres.

Image par planet_fox de Pixabay
Image par planet_fox de Pixabay

Une question d’histoire

De plus, c’est au joueur de faire le bon choix. De se poser la question suivante : « quelle est la place des miens dans l’histoire du pays que je défendrai ? » La réponse à cette énigme sera la bonne décision à prendre. C’est à la fin de sa carrière, qu’on sait si on a fait le bon ou le mauvais choix. Joues sur la terre sous laquelle tu aimerais qu’on t’enterre.

Ou assumes ton vote tout simplement. C’est inutile de se dépenser pour un pays et à la fin, lorsque la fatigue est installée, revenir demander à secourir celui de tes « ancêtres ». Aider quand on n’a plus rien à donner c’est céder à l’ironie. Qu’est-ce qu’on fait de ceux qui sont là depuis le début : qui veulent occuper la même fonction que toi ?

Image par David Mark de Pixabay
Image par David Mark de Pixabay

La loi du plus humble

En vérité, l’option de l’humilité est toujours la meilleure. C’est facile pour un bon joueur d’évoluer  au sein d’une grande nation. Mais ce serait fort honorable pour lui de jouer sous l’étendard d’une petite sélection. Son talent servirait au moins à faire grandir les autres. Sinon, qu’il parte avec déférence.

Ce qu’on reproche très souvent à ces joueurs qui préfèrent les plus forts, c’est leur arrogance. Ils parlent d’appartenance quand tout le monde connaît la vérité. Si par exemple, la France était africaine et la Guinée européenne, Paul Pogba aurait-il joué pour les Bleus ?  Pas sûr. Ce qui est sûr en revanche, c’est que lorsqu’on est éligible pour deux nations, on sera un brave pour celle qu’on choisira et un traitre pour celle qu’on ignorera…

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TIFOS est un blog dédié au Sport en général. Et au Football en particulier.