Chroniques de la Manif du 22 septembre : ce que j’ai vu avant

Par KENFACK Dirane
4 Minutes

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Paroles d’un exilé

Deux jours avant la manifestation du 22 septembre 2020 initiée par le MRC et les autres partis d’opposition au Cameroun, je me suis rendu à Yaoundé et de là, je devais rejoindre la capitale économique du Cameroun avant de prendre mon avion pour Nairobi au Kenya. J’ai réalisé que je viens de ce pays où on n’a pas le droit de pleurer. Je viens de ce pays qui ne s’en orgueillit pas de sa résilience. Décidément l’année 2020 est celle de tous les cataclysmes. Le moment n’est pas enfin venu  de recoller les morceaux ? Étouffer les sons  d’un peuple c’est encourager sa révolte.

Je me suis rendu à Yaoundé le 20 septembre 2020 via un bus de l’agence de voyage Général Express voyage, une agence de transport desservant principalement la région de l’ouest, la ville de Douala et Yaoundé, la capitale camerounaise. Nous avons subi en route des contrôles de police sauvages, inhabituels et étranges. La route nationale reliant la ville de Bafoussam à l’Ouest et la ville de Yaoundé comprend 05 postes de contrôles routier. Au cours de notre voyage,nous avons été stoppés 05 par la gendarmerie et la police. A chaque poste de contrôle, les gendarmes et policiers faisaient sortir tous les passagers du bus.Tous avaient les cartes d’identité et ceux qui refusaient d’obtempérer, exacerbés par ces contrôles jugés par eux de trop étaient assimilés aux rebelles et  aux terroristes. La sanction étaient une détention provisoire afin d’immobiliser le bus et retarder le voyage des autres passagers. A chaque poste de contrôle, les gendarmes et policiers nous affirmaient que "nous venons de l’Ouest du Cameroun, la région d’Origine de Maurice Kamto"  par ailleurs président du MRC, l’adversaire politique redoutable du régime en place. Les gendarmes et policiers considèrent les passagers en provenance de l’Ouest du Cameroun et à destination de Yaoundé comme des sympathisants du MRC et des ambazoniens recrutés pour alimenter les manifestations pacifiques que certains officiels du gouvernement ont qualifié de « marche insurrectionnelle ».

Un billet de voyage de l
Un billet de voyage de l'agence de transport en commun Général Express Voyage

                                              Crédit photo: Kenfack Dirane

Le Cameroun, Un Etat policier !

A chaque contrôle de police et de gendarmerie, on trouvait toujours un motif pour retarder mon bus. Arrivé dans la ville de Yaoundé, j’étais stupéfait :  les sièges des agences de voyages en provenance de l’Ouest à Yaoundé étaient militarisés. On examinait les passagers provenant de l’Ouest, ce qui montre clairement une tribalisation de la politique au Cameroun. Les principaux ronds-points  et carrefours de la ville de Yaoundé étaient militarisés : Véhicules blindés de police, camion anti-émeutes de la police et de la gendarmerie, policiers avec matraques, casques, boucliers, un ensemble d’arsenaux pour intimider les manifestants, et faire régner la terreur. Les principaux ronds-points militarisés que j’ai pu voir à Yaoundé étaient le Rond-point Nlonkgkak, Carrefour MECC, Tsinga, la poste centrale etc. Mais jusqu’à quand va-t-on faire usage de la violence dans le gestion des crises au Cameroun ? pourquoi vouloir réprimer à tout prix une manifestation pacifique au lieu de l’encadrer ? pourquoi considérer les citoyens camerounais venus de l’Ouest comme des bandits et des maquisards ? la réponse est simple : l’histoire des dictatures nous montre que l’armée est le socle de ce type de régime au détriment du peuple qui est le rempart dans une démocratie. La répression, l’intimidation et le tribalisme  font partie des moyens, méthodes, outils et instruments du maintien au pouvoir et sont de facto l'héritage colonial.   

L’exception camerounaise dans le monde

Au Cameroun dans le langage courant, il est dit que « si on t’explique le Cameroun tu comprends, c’est qu’on ne t’a pas bien expliqué ». Au moment où Les principales villes du Cameroun sont fortement militarisées avec les meilleurs équipements militaires et les dispositifs impressionnants  de maintien de l’ordre contre les civils désarmés,sans défense qui ne réclament que leurs droits, l’Etat est incapable d’assurer l’intégrité territoriale à l’Extreme-Nord et de rétablir la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.Des militaires et civils meurent tous les jours dans les incursions de Boko-haram. Des postes de l’armée ont été démantelés dans la région de l’Extreme-Nord, entraînant ainsi un exode massif des civils dans les villages abandonnés à eux-mêmes, fuyant les affres de Boko-haram et dans une situation humanitaire désastreuse. Au lieu de déployer tout ce dispositif contre les vraies ennemis de la patrie comme Boko-haram, ce dispositif  est déployé contre les civils désarmés.Une situation assez monstrueuse. On est donc capable d’assiéger le domicile d’un opposant qui a enlevé le sommeil aux politicards qui ont ruiné le Cameroun pendant 3 décennies  plutôt que de combattre les barbares islamistes qui égorgent, violent ,pillent et déstabilisent l’Extreme-Nord du Cameroun. L’histoire nous montre que lorsque les avocats et enseignants ont manifesté pacifiquement pour réclamer leurs droits et les meilleures conditions de travail en 2016 au Nord-Ouest du Cameroun, ils ont été maltraités, torturés, emprisonnés et assimilés aux terroristes.cela a entraîné une radicalisation. l’UPC (Union des Population du Cameroun) a été interdite par l’occupant colonial français au Cameroun en 1955, elle s’est radicalisée et a pris les armes. Lorsque l’ANC a été interdite en Afrique du Sud, elle est devenue une rébellion et a fini par renverser le régime d’apartheid. La répression n’est pas la seule solution aux cris d’un peuple, mais le dialogue et le compromis sont les meilleures solutions dans un Cameroun qui se meurt tous les jours.Toutefois, les langues se délient au Cameroun et le mécontentement est devenu irréversible.

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