Culture camerounaise : les fleurs...du mal.

Il y avait Jean Miche Kankan, Essindi Mindja, Jimmy Biyong. Mais, ils sont morts. Et avec eux, manifestement, l’Inspiration.

By Heyndricks N. Bile
2 Minutes

Souriez !

Le génie camerounais se porte à merveille.

Partout dans le monde des Arts et de la Culture, le Vert-Rouge-Jaune rayonne. Comme une poignée d’autres drapeaux seulement. Peu de nations africaines, en effet, peuvent se targuer d’avoir autant de talents. Des talents faisant autorité dans leurs domaines respectifs. Des clichés de Bill Akwa Betote aux «fresques» Angèle Etoundi Essamba. Des effets de style de Hemley Boum à la prose de Leonora Miano. Des plans rageurs de Jean-Pierre Bekolo aux séquences généreuses de Mason Ewing. Du jeu malicieux de Maka Kotto au charisme scénique d’Eriq Ebouaney. Des coupes originales de Mireille Nemale aux écrins de luxe d’Imane Ayissi. Des rondeurs de basse d’Armand Sabbal-Lecco au phrasé sax d’Alain Oyono….Inutile de rallonger la liste. La vérité est têtue : le Cameroun domine la culture mondiale. Le Cameroun ? Disons, pour être précis, les camerounais. Quelques camerounais. Une constellation d’élus qui portent et défendent, au petit bonheur la chance, leur identité culturelle au carrefour de l’Universel.

Il faut se rendre à l’évidence. Il n’y a ni projet, ni construction politique sous ces trajectoires qui finissent par se résumer en bric-à-brac artistiques portés par la volonté individuelle. Comme autant d’échafaudages enchanteurs et épars, sans socle structurant, ni schéma de reproduction.  Pire : leur retentissement est surtout d’ailleurs. De là-bas. Et au rayonnement d’ailleurs, répond scandaleusement l’obscurité d’ici. Ici, en effet, point de verdure. Le désert (et quelques oasis). Le règne abêtissant de l’in-structure et de l’inculture. La dictature du bruit et l’évanescent. Du tâtonnement. Peut-être bientôt (si rien n’est fait)…du néant.

Il y a peu pourtant, il y avait encore Fonlon, Mveng et Philombe. Mais, ils sont partis. Et personne ne se préoccupe de les reproduire.

Il y avait Jean Miche Kankan, Essindi Mindja, Jimmy Biyong. Mais ils sont morts. Et avec eux, l’Inspiration. La vraie. Celle dont se souviennent les ivoiriens, guinéens, béninois lorsqu’ils vous parlent du Cameroun. Loin des grimages faciles et des raccourcis de grivoiserie.

Il y avait la revue «Abbia». Il y avait le cinéma «Abbia». Il y avait le FODIC, le FESTAC (ancêtre du FENAC), les REMY….tous emportés par le diabète de l’insouciance, aussi virulent que celui qui emportera peut-être bientôt Marthe Zambo.

Politiques structurantes, lieux de production, cercles de diffusion, sites de promotion, instances de préservation de la Mémoire collective…Tout s’effondre. La mécanique du génocide culturel est sournoise et implacable. Elle tue méthodiquement le Génie, enterre rapidement le corps, chasse rapidement l’esprit et piétine cyniquement l’âme.

Pour qu’a la fin, ne prospèrent qu’ensauvagement collectif et crises d’identité. Les plus belles garanties du non-être au rendez-vous des Nations modernes.

On va faire comment ?

Cinema Camerounais
Jean Miche Kankan
Politique Culturelle Au Cameroun