Djamel Belmadi, je ne te félicite pas !

By Ecclésiaste DEUDJUI
4 Minutes
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Après l'élimination de l'Algérie pour la Coupe du monde 2022, Djamel Belmadi (à droite) en veut personnellement à l'arbitre Bakary Gassama. Source: foot-africa.com /CC-BY

 

J’ai appris hier que Samuel Eto’o Fils, par le biais de la Fécafoot, se réserve le droit de traîner la fédération algérienne de football devant les instances disciplinaires de la Fifa.
À l’origine de cette sortie officielle qui s’apparente à un courroux, les récents propos du sélectionneur algérien Djamel Belmadi. Ce dernier n’aurait toujours pas digéré l’élimination de sa sélection pour la prochaine Coupe du monde, et ne se lasse pas de le marteler à chacune de ses sorties. Sauf que durant sa dernière interview diffusée sur une chaîne de sa fédération, l’ex-joueur de l’OM serait allé un peu trop loin. Djamel Belmadi fustige le fait que l’arbitre du match Algérie-Cameroun, le Gambien Bakary Gassama, s’en soit tiré à si bon compte. Il regrette d’avoir croisé cet arbitre le lendemain à l’aéroport, en train de « boire tranquillement un café ». Il promet que « plus jamais de la vie on laissera deux ou trois personnes conspirer contre notre pays », sous-entendant ainsi que l’arbitre aurait été corrompu ou aurait délibérément décidé de sacrifier la qualification algérienne.

Le pire dans ces propos qui sont déjà diffamatoires en eux-mêmes, c’est qu’on y soupçonne un appel au lynchage public. Djamel Belmadi mesure ou pas l’ampleur de ces déclarations, mais elles s’apparentent ni plus ni moins qu’à un appel au meurtre ! Il est insidieusement en train de nous que dire tout arbitre international qui se risquerait à arbitrer une défaite de l’équipe algérienne sur son propre sol, serait un parfait candidat pour une vindicte populaire.

C’est extrêmement grave ! Surtout si on se rappelle dans quelles conditions est mort le footballeur camerounais Albert Ebossè Bodjongo, le 23 août 2014, à la suite d’une rencontre du championnat algérien à Tizi Ozou. Si on se rappelle les casses qui ont eu lieu en France et en Belgique après la qualification de l’Algérie pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2014, mais également pour la victoire de la CAN en 2019. Le dernier épisode étant l’agression verbale et les menaces de mort envers Toko Ekambi, buteur miraculeux à Blida, qui est pris à partie par des supporters algériens qui depuis lors lui profèrent de sérieuses menaces de mort...

 

Djamel Belmadi était effondré à l
Djamel Belmadi était effondré à l'issue de l'élimination contre le Cameroun. Source: camfoot.com /CC-BY

 

Djamel Belmadi, je ne te félicite pas ! Tu as été un joueur teigneux et assez talentueux, et tu étais même une mascotte de l’Olympique de Marseille sur la Canebière. Tu es devenu un sélectionneur respecté et respectable, passionné et presque transi à la limite, au point de t’identifier comme personne à la tête de cette magnifique équipe algérienne. Tu es même parvenu à remporter la Coupe d’Afrique des nations en terre égyptienne, en 2019. Renforçant l’idée selon laquelle un sélectionneur local pouvait accomplir de grandes choses avec sa sélection.

Mais depuis l’élimination de Blida, les Algériens ne font plus du tout honneur à l’Afrique. Ils vont de revendications en revendications, de réclamations en réclamations et de contestations en contestations. Ils ont introduit des recours à la Fifa pour faire rejouer le match, et pourtant ce recours n’a matériellement aucune chance d’aboutir. Ils ne cessent de pleurnicher, de se plaindre et d’insulter tacitement les joueurs et encadreurs du football camerounais. Pourquoi cette défaite a-t-elle autant de mal à se faire digérer ?

On peut rappeler aux Algériens qu’avant Blida, le Cameroun avait perdu ici à Japoma au match aller, et que les Camerounais ne s’étaient pas plaint de l’arbitrage. Ils avaient plutôt critiqué leur propre équipe, et Rigobert Song avait été obligé de convoquer la théorie du danger. On peut dire à Belmadi que le Cameroun sort d’une Coupe d’Afrique qu’il a organisée à domicile, mais qu’il a perdue. Et qu’il aurait même pu terminer à la quatrième place derrière le modeste... Burkina Faso. L’histoire des grandes nations du football nous apprend qu’elles doivent d’abord savoir perdre, avant de savoir conquérir des trophées. La critique de l’arbitrage n’est pas du tout une analyse footballistique. Et chaque équipe de sport dans le monde entier, a déjà eu à connaître des déceptions qu’elle a estimées injustes, mais qu’elle a dû accepter parce que cela fait partie du cycle et de la vie d’une organisation sportive.

Les propos de Djamel Belmadi viennent jeter l’opprobre sur tout un continent, et contribuent davantage à semer un vent de racisme qui veut s’instiller entre les Africains du Nord, et les Africains du Sud du Sahara. La première condition du sport de haut niveau c’est la sportivité, qui s’appelle également le fair-play. Les appels au meurtre et les insultes personnelles n’ont pas leur place dans le football, et les mauvais perdants méritent tout simplement d’être ostracisés voire exclus définitivement de notre football.
Le sport est avant tout un jeu, et d’ailleurs l’essentiel c’est de participer.

 

Ecclésiaste Deudjui

(+237) 696.469.637

Article publié sur wutsi.com/@/clesh7

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