Samuel Eto’o est-il un roitelet, un demi-dieu ou un dictateur ?

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Samuel Eto
Samuel Eto'o, le président de la Fécafoot, cristallise de plus en plus d'inquiétudes. Source: africafootunited.com /CC-BY

 

Je fais partie de ceux qui avaient soutenu Samuel Eto’o dès le commencement, lorsqu’il avait annoncé son intention de briguer la présidence de notre fédération camerounaise de football. Je pensais alors —et je continue de penser— qu’il est l’homme idoine pour cette fonction, qu’il dispose d’un vécu footballistique et d’un CV indiscutablement inégalables, et que, pour couronner le tout, sa légitimité et sa popularité devaient inéluctablement en faire le numéro un de notre football !

Plusieurs mois se sont écoulés depuis, et Eto’o a ardemment remporté l’élection à la Fécafoot le 11 décembre 2021, au terme d’un processus diffusé en direct et suivi par des millions et des millions de Camerounais. Depuis cette date, le nouveau patron de la fédération a suscité de nombreux espoirs. Les annonces qu’il avait faites lors de sa campagne sont progressivement en réalisation, et le footballeur camerounais a été repositionné au centre de notre football. Les anciennes gloires sont revenues aux affaires, à l’instar de Rigobert « magnan » Song qui symbolise ce renouveau, même si le ministre des sports avait tout essayé pour tenter de conserver l’ancien sélectionneur Antonio Conceiçao.

Sur le plan des résultats, il n’y a rien à redire ! Hormis quelques décisions hasardeuses comme d’organiser un championnat d’élite avec 25 équipes (parce qu’il voulait contenter ses alliés), la saison sportive s’est plutôt bien déroulée. On a quand même assisté à des batailles de tranchées entre la Fécafoot et la Ligue de football professionnel, comme lors des années antérieures. On a poursuivi les batailles juridico-judiciaires avec le Tribunal arbitral du sport (TAS) comme juge de paix, entre le comité exécutif de 2009 et celui de la mandature précédente. On a vu les présidents des clubs d’élite continuer à pratiquer librement leur traite négrière, eux qui ne payent jamais leurs joueurs ; mais qui menacent toujours de boycotter le championnat malgré les intarissables subventions que la fédération continue de leur octroyer. En fait, le vrai cancer de notre football ce sont justement ces présidents de clubs qui sont des individus incroyablement véreux...

Bref, Samuel Eto’o a fait du bon boulot. Je dirais même que si on avait un agitateur comme lui à la tête de nos ministère (ou même de notre pays), les choses ne s’en trouveraient que mieux portantes. Sauf que le comportement de l’homme pose question, et certains qui l’ont poussé au firmament commencent à se demander s’ils ne sont pas, en réalité, en train de fabriquer un monstre !

  

Samuel Eto
Samuel Eto'o (au centre) entouré de quelques membres du comité exécutif de la Fécafoot, lors de son élection le 11 décembre 2021. Capture: crtvweb /CC-BY

 

Samuel Eto’o, un roitelet

Il ne vous a pas échappé que depuis le 11 décembre 2021, il y a eu beaucoup de mouvements au sein de la Fécafoot. Ce qui est normal, puisque lorsqu’un dirigeant arrive, il essaie de s’entourer de personnes de confiance. Sauf qu’avec Samuel Eto’o, les nominations et les licenciements sont surtout des remerciements et des règlements de compte. Pour les recrutements à la Fécafoot je ne parlerai pas de proximité sociologique, puisque je n’oserai pas accuser Samuel Eto’o de tribalisme. Mais je peux tout de même lui reprocher son népotisme, puisqu’il ne nomme que des amis, « ses » amis. Sa gestion du personnel de la Fécafoot s’apparente à celle d’une entreprise unipersonnelle, puisqu’on a parfois l’impression que les compétences sont reléguées au second plan. Certes il y a quelques éléments talentueux autour de lui, qu’il a choisis lui-même, mais tout le personnel de la fédération et même de nos différentes sélections nationales, ne jouit pas de cette présomption de compétitivité administrative.
De plus, l’ancien buteur de Barcelone n’aime pas les sons de cloche dissonants. Tous ceux qui le critiquent sont systématiquement éloignés de la tanière, voire des locaux de la fédération. Et ceux qui s’y trouvaient déjà, on a l’impression qu’ils sont souvent appelés à faire valoir leurs droits auprès du service comptabilité...

Samuel Eto’o, un demi-dieu

Je ne sais pas s’il y a un footballeur au monde qui a joui d’une telle popularité après sa carrière. C’est phénoménal ! D’ailleurs à l’heure où je vous parle, Samuel Eto’o pourrait remporter une élection présidentielle face à Paul Biya lui-même, même s’il ne tenterait jamais de le challenger devant les caméras de télévision.
Ce « fanatisme » commence par son petit-frère David Eto’o, lequel adule son frère aîné comme une groupie, mais chacun des Camerounais sait exactement pourquoi. Lui au moins il n’est pas jaloux comme Mathias Pogba au point de venir exhiber et lyncher son petit-frère sur la place publique... c’était une parenthèse.
Samuel Eto’o est plus qu’un dieu au Cameroun ! Il a cultivé le culte de la personnalité. On n’a pas le droit de le critiquer, on n’a pas le droit de l’interpeller, on n’a pas le droit de le reprendre, on n’a pas le droit d’analyser sa gestion de la Fécafoot. Mieux que le MRC, il a acquis sur internet une grosse communauté de haters, lesquels vous insultent, vous dénigrent et même vous menacent physiquement, si vous osez vous attaquer à l’icône Samuel Eto’o. Le mec est devenu quelqu’un d’infaillible, le type le plus intelligent de la planète, le meilleur gérant de l’univers, bref, un homme sans défaut. Les fanatiques de Samuel Eto’o ne comprennent pas que pour mieux avancer, il vaut mieux écouter quelques critiques et prendre ce qui est bon à ne pas être jeté. Les commentaires contre le président de la Fécafoot sont souvent faits par des personnes qui l’adulent plus que vous-mêmes, et qui connaissent parfaitement sa valeur et la chance que nous avons de l’avoir. Et ce que vous considérez comme des attaques sont souvent de bons conseils pour qu’il continue encore, comme il l’a dit lui-même, de mieux « écrire l’histoire ».

Samuel Eto’o, un dictateur

Dans son comportement de roitelet qui se croit tout permis alors que la Fécafoot est une institution qui appartient à tous les Camerounais, Samuel Eto’o se comporte comme un dictateur. Il se méfie de tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ses idées, et il s’éloigne systématiquement de tous ceux qui ont la prétention de vouloir le contrarier. Le patron de Tsinga est devenu de plus en plus effrayant, et s’il dirigeait notre République avec un tel comportement aussi primesautier, moi je le qualifierais tout simplement de tyran voire d’autocrate ou encore de despote...
Lors de l’assemblée générale de la semaine dernière à Douala, le comité exécutif de la Fécafoot a profité de la liberté d’action que vient de lui accorder le TAS, pour régler ses comptes. Guibai Gatama a été suspendu de ce comité, et le président de la ligue de football de l’Ouest également, parce qu’ils avaient des sons de cloche dissonants. Le nouveau président s’est même offert le luxe de proroger son propre mandat, du jamais vu !
Depuis que je suis né, et je ne suis pas né hier, je n’avais jamais vu un dirigeant qui prolongeait lui-même son propre mandat, et de surcroît un mandat en cours. Samuel Eto’o a fait passer, à l’unanimité s’il vous plaît, la résolution portant prolongation du mandat du président de la Fécafoot, de quatre ans à sept ans ! Même Paul Biya n’avait pas osé faire cela, lui qui avait commencé son premier septennat en 1997 après avoir pris la peine de terminer son second quinquennat la même année. Si tous les présidents de fédérations agissaient de la sorte, il n’y aurait plus jamais d’alternance où que ce soit. De plus, les durées des mandats des présidents de fédérations sportives, sont calquées sur les olympiades et durent généralement quatre ans. C’est le cas à la CAF, à la FIFA, à l’UEFA, dans la majorité des autres fédérations nationales, et c’était également le cas à la Fécafoot, avant que ce dictateur n’y mette un terme...
Quel signal renvoie-t-il ? Qu’il est là pour s’éterniser ? Qu’il a peur des élections qui étaient prévues en 2025 ? Que la soupe est tellement sucrée avec ce pouvoir exorbitant dont il use et en abuse ? Qu’est-ce que Samuel Eto’o a voulu se prouver en entraînant tout un ComEx dans une telle bêtise ? Hein ? Parce que oui, effectivement il s’agit là de la plus stupide décision du président Samuel Eto’o Fils.

Donc nous avons en face de nous un roitelet qui se croit tout permis, un demi-dieu qui ne commet aucun égarement et qui descend directement des entrailles de la Vierge Marie, et enfin un dictateur. Samuel Eto’o par-ci, Samuel Eto’o par là. Samuel Eto’o qui humilie les Lions indomptables comme s’il s’agissait des enfants de la maternelle, et tout le monde trouve cela normal. Samuel Eto’o qui invite des personnalités au Qatar, et qui l’annonce comme si cela sera fait avec son propre argent. Samuel Eto’o  qui ne touche jamais son salaire mais qui profite de ses indemnités. Samuel Eto’o qui a été sévèrement condamné par la justice espagnole pour fraude fiscale, mais cela, personne n’en parle !

Je pense que nous avons la chance immense d’avoir le meilleur président du football de notre histoire, mais nous devons faire très attention ! Car ce monsieur est en train de prendre un virage que ses fanatiques seront les toutes premières personnes à regretter...

 

Ecclésiaste Deudjui

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Article publié sur wutsi.com/@/clesh7

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