Covid-19 : Le cote obscur de la force

Ce que la pandemie de la Covid-19 nous apprend.

By Heyndricks N. Bile
3 Minutes

Il y avait Lampedusa et ces millions d’africains subissant toutes sortes de sévices pour entrer en Italie. Battus, torturés, blessés dans leur humanité profonde. Il y a maintenant le Coronavirus à Lampedusa. Et des millions d’italiens confinés apprennent les raisons qui peuvent pousser un être humain à l’exil. Douloureusement.

Il y avait l’Afrique des guerres, des Kalachnikov dans les rues. Il y a désormais le Coronavirus à Paris. Et des millions de français transis de peur découvrent les « villes mortes », entendent leur Président parler de guerre à la télévision, et s’effraient des chars stationnés non loin de la Tour Eiffel. En silence.

Il y avait les kenyans et mauritaniens «quémandeurs» de visa, souvent expulsés de l’altière Europe, faute de papiers. Il y a aujourd’hui le Coronavirus à Rome. Et Nouakchott, comme sa lointaine sœur Nairobi, s’offrent enfin le luxe divin d’expulser des italiens sans papiers de leurs territoires. Qui l’eut cru ?

Il y avait la RDC d’Ebola, très souvent stigmatisée, raillée voire pour la faiblesse de son système de santé, la vétusté du plateau technique de ses hôpitaux et l’incompétence décrétée de ses médecins. Il y a dorénavant le Coronavirus aux Etats-Unis d’Amérique. Et les Yankees, dans la splendeur de leur hyperpuissance technologique, n’ont pu trouver comme solutions scientifiques innovantes que…la fermeture des frontières et le bannissement. Sans rire.

Il y avait les pratiques et lieux sacrés d’ici. Vidés, violés, moqués parce que sans Dieu. Spoliés au détriment de la Mecque, du Taj Mahal et du Vatican. Religieusement irrespectueux, le Coronavirus a pris d’assaut la planète. Et «Dieu» a déserté les lieux saints et grands cercles de rassemblement. La Mecque a fermé ses portes. Les «hommes de Dieu» ont cessé de témoigner leur amour par des accolades et autres embrassades. La super foi d’Ailleurs, habituellement spectaculaire, est revenue aux choses essentielles : le lavage des mains et la méditation individuelle. En toute humilité.

Il y avait l’Afrique insuffisamment rentrée dans l’Histoire. L’Afrique de la famille regroupée et solidaire. L’Afrique où chacun doit prendre soin de l’autre. L’Afrique qui baise continuellement et fait «8 ou 9 enfants» parce que pas de NBA, pas de salle de cinéma, pas de Champions League. Il y a maintenant le Coronavirus en Occident. Et les levantins terrorisés redécouvrent le vrai sens de l’expression «regroupement familial», réapprennent à baiser continuellement parce que pas de NBA, pas de salle de cinéma, pas de Champions League. Pour sauver l’Espèce.

Il y avait la diaspora africaine d’Europe et d’Amérique. Gazouilleuse. Arrogante. Accrochée à l’herbe verte du pré voisin. Celle qui ne parlait d’Afrique qu’en terme de «malédiction», «pourriture», «dictature». Il y a dorénavant le Coronavirus en Occident. Et notre belle diaspora, fuyant les «pays normaux», cherche désespérément son salut dans… des «républiques bananières».

En 1967, Marshall McLuhan lançait le concept de village global (et sa variante «village planétaire»). Il prophétisait, sans le vouloir, que ce qui se produit dans certains pays (changements écologiques, mouvements scientifiques, modèles culturels, initiatives politiques, décisions économiques…) aura un impact immédiat ou décalé dans d’autres pays. McLuhan dessinait une planète où tout «repli identitaire» serait abscons et archaïque. Les Humains ne l’ont pas compris. Grâce au Coronavirus, ils retourneront lire «The Medium is the Message».

Toute honte bue.

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