Paul Biya était dans les bruits...

By Ecclésiaste DEUDJUI
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Emmanuel Macron (à gauche) avec son homologue Paul Biya, lors du point de presse au palais d
Emmanuel Macron (à gauche) avec son homologue Paul Biya, lors du point de presse au palais d'Etoudi. Source: camerounactu.com /Image reproduite sous autorisation

 

Si vous avez bien suivi la conférence de presse qui a eu lieu ce matin entre Paul Biya et Emmanuel Macron, il y a une scène qui ne vous aura sûrement pas échappé. Et je ne parle pas uniquement de l'exercice de mathématiques auquel le président camerounais a voulu nous soumettre, lorsqu'on lui a demandé s'il allait transmettre le pouvoir en 2025 ; et qu'il nous a demandé d'effectuer la soustraction 7 ans moins 4 ans pour savoir combien d'années il lui restait encore au pouvoir...

Non ! Je parle plutôt de ce moment de gêne, ou plus exactement de ces interminables moments de malaise, durant lesquels le président camerounais a demandé à des journalistes français qui lui posaient des questions, de répéter leurs interrogations. Le moment a été si gênant, si honteux et même si humiliant pour certains Camerounais, que la CRTV a trouvé mieux de changer de plan, et de nous proposer les merveilleux jardins du palais d'Etoudi.

Je n'en parle pas pour rajouter de l'huile sur le feu. D’ailleurs moi aussi, j’aimerais bien voir mes futurs enfants grandir. Mais je trouve que ce serait hypocrite voire malhonnête de faire comme si rien ne s'était passé. Je trouve que c'est faire injure à notre intelligence collective, que de passer ces atermoiements sous silence. Et je considère cet épisode comme l'un des plus grands moments des passages de chefs d'État français ici au Cameroun.

Pour commencer, on ne manque pas de respect à un patriarche. Et à fortiori à un président de la République. De surcroît à un nonagénaire. Et en plus à un quarantenaire du pouvoir.
Emmanuel Macron l'a si bien compris, lui qui a servi de porte-voix à son homologue camerounais, lorsqu'il fallait lui répéter les questions des journalistes de sa délégation. Lesquels journalistes ont commencé par se moquer au début, puis, devant la gravité de la situation, se sont ravisés et ont adopté un visage austère et sobre. Moi-même devant mon écran de télévision, j'ai pensé à un incident diplomatique si la situation s’éternisait. J’aurai proposé un casque au président de la République pour mieux entendre les questions, mais cela aurait paru bizarre puisque les interrogateurs s’exprimaient dans sa langue d’expression. Les ministres camerounais et les habitants du palais d’Etoudi étaient circonspects et inquiets, mais certainement moins que nous-mêmes puisqu’ils vivent au quotidien avec ce personnage sénile qu’ils maîtrisent certainement.
Le drame dans cette histoire c'étaient les caméras de télévision, et plus particulièrement la diffusion en direct. Car cet incident peut servir d'argument aux activistes de la diaspora qui passent leur temps à interpeller Macron en France, pour lui dire que notre pays n'est plus gouverné par un individu raisonnable. Et si on revient à la question de la transition en 2025, il paraissait évident alors que le sujet devra indiscutablement être posé sur la table.

Un président de la République du Cameroun, aussi sage et aussi expérimenté soit-il, a besoin de toutes ses capacités physiques et intellectuelles pour pouvoir diriger un pays aussi complexe que le nôtre. Mais si Paul Biya n'a pas entendu les questions qu'on lui a posées, il y a certainement une explication plausible à cela : il était dans les bruits !

 

Ecclésiaste Deudjui

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